Les candidats s'échauffent, le ring n'attend plus qu'eux. Il y aura, à n'en pas douter, de grandes envolées contre le réchauffement climatique. Mais une autre bataille, moins avouable, se joue au Conseil européen des 29 et 30 octobre. Bien que le traité de Lisbonne ne soit pas encore ratifié, une liste de noms pour le poste de président de l'UE circule déjà sous les manteaux. Deux concurrents se disputent la tête d'affiche. Considéré depuis quelques semaines comme le grand favori, Tony Blair, l'ex-Premier ministre britannique, attire les éloges autant que les critiques. Candidat déclaré, Jean-Claude Juncker, le Premier ministre luxembourgeois, vient d'entrer en piste l'air de rien. "Si un appel m'était lancé, je n'aurais pas de raison de refuser", a-t-il déclaré dans un entretien au Monde.

Faut-il un leader populaire et charismatique ou un négiociateur consensuel et mesuré ? Un poids lourd ou un poids plume ? Tony Blair et Jean-Claude Juncker incarnent l'alternative à merveille. Très pro-Blair, le quotidien italien Il Foglio, ne cache pas ses réticences à l'égard de Juncker l'"europygmé" (mot forgé par The Economist pour désigner tous les "petits" candidats)."C'est le Premier ministre d'un pays grand comme la province d'Ancône qui défie Tony Blair. [...]. Derrière lui, il y a la Vieille Europe : celle de l'axe Paris-Berlin, d'un équilibre des pouvoirs dépassé et d'une vision bureaucratique des relations de l'UE. Juncker est à l'opposé de Blair : il manque de charisme et d'ambition politique et se contenterait de fixer l'ordre du jour des Vingt-Sept et d'obtenir des compromis, le profil bas", écrit le quotidien italien.

Balkenende, palme de l'insipidité

"Je ne suis pas un nain", semble lui rétorquer le Luxembourgeois, dans les colonnes du Monde. La preuve : "J'ai des relations amicales avec Vladimir Poutine et je connais depuis longtemps les dirigeants chinois". "Le pari de Jean-Claude Juncker peut s'interpréter comme une manière se venger [au nom du Benelux] des manoeuvres déployées par les Britanniques en 2004 contre l´ex-Premier ministre belge Guy Verhofstadt pour occuper la présidence de la Commission européenne", commente El País. Tony Blair avait alors tout fait pour bloquer le candidat libéral belge.

Autre candidat catégorie poids plume : Jan Peter Balkenende, le Premier ministre néerlandais. "Fini le temps des grands leaders européens inspirés, les visions c'est dépassé", ironise un chroniqueur du Volkskrant. "Les grands n'ont pas envie d'une personne qui se mêle de tout et qui joue au président. [Tony Blair] a plus à craindre de candidats qui sont aussi insipides et ennuyeux que [Balkenende], ou pire. Comme Jean-Claude Juncker qui est barbant, ou Paavo Lipponen [ancien Premier ministre finlandais]. Herman van Rompuy [actuel Premier ministre belge] aussi a l'air d'exceller dans l'art d'être rasoir".

Bref, résume Gazeta Wyborcza, Balkenende est tellement insipide qu'aucune capitale européenne ne le considère comme un compétiteur crédible. Or c'est justement pour cela, selon le quotidien polonais, qu'il a toutes les chances de remporter le pompon de la présidence du Conseil.

Sarkozy à Blair : "C'est toi qu'il faut à ce poste"

Même s'il reste discret, tout indique que Tony Blair pense beaucoup à la présidence. C'est Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, qui lui aurait suggéré l'idée en 2006. "La personne qu'il faut à ce poste, c'est toi !", lui aurait-il lancé. "Il a adoré, juste adoré !", raconte l'un de ses collaborateurs au Monde. A en croire The Irish Times, il comptera aussi, face à lui, un Irlandais. Dernier compétiteur à avoir enfiler les gants de boxe, John Bruton, ancien Premier ministre (de 1994 à 1997) – dont le charisme n'a pas laissé un souvenir impérissable – vient tout juste d'annoncer sa candidature.

Entre candidatures à foison et les spéculations, une nouvelle fois, soupire le Spiegel, le bazar est ouvert. "Les dirigeants européens magouillent un peu partout, [à Vienne], dans les bureaux à Stockholm, dans les dîners à Downing Street, dans le petit bureau du Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker et dans les pièces pompeuses du président français Nicolas Sarkozy". C'est le vieux système qui prévaut : "Si tu soutiens mon candidat, j'aiderai le tien, et ensemble, nous abattrons la concurrence. Des candidats dangereusement intelligents, trop courageux ou même populaires sont tout de suite écartés"…Comme le rappelle (dans Le Monde) Matthew Doyle, ancien directeur de cabinet de Tony Blair: "A quoi bon faire campagne quand la décision sera prise par vingt-sept personnes, à huis clos ?"