Dire que la corruption est un fléau qui sévit dans les pays balkaniques est un lieu commun. Le 20 juillet, la Commission européenne a rendu un rapport sévère sur l’état de la justice en Roumanie, et dans une moindre mesure en Bulgarie. Endiguer la corruption a été, pendant et après les négociations, l’une des conditions de l’adhésion de ces deux pays à l’UE en 2007. A tel point que l’une des plus importantes lois de la Roumanie post-communiste, adoptée en 2000, concerne la prévention et la sanction des faits de corruption. Depuis, plusieurs campagnes publiques anti-corruption ont été menées, sans que les résultats soient encore satisfaisants.

A Sofia, on s’est félicité que la Commission ait pris acte de la "volonté politique" des autorités de lutter contre la corruption. Mais à Bucarest, le président Traian Băsescu considère comme injuste que son pays soit accusé de ne pas respecter les conditions posées à son adhésion. Et le fond de sa pensée est plutôt que pour qu’il y ait corruption il faut des gens qui corrompent. Comme tout le monde sait que les membres balkaniques de l’Union fonctionnent avec des pots de vin, presque tous ceux qui entretiennent des relations avec eux se sentent obligé de se mettre au diapason en expliquant que sans pots de vin, il n’arrivent pas à venir à bout de la bureaucratie. Peu à peu le fléau devient la règle et la question se pose différemment.

Le 6 mai dernier, le Parlement européen, à l’initiative d’une élue roumaine, Monica Macovei, a adopté une déclaration demandant une politique claire de la part de l’UE envers les phénomènes de corruption et la mise en place d’un mécanisme de surveillance des Etats membres. Car, ainsi comme le montre une étude du site Diploweb.com à partir des classements établis par l’ONG Transparency International, la corruption est une pratique qui touche toute l’Europe. Et ce sont la Grèce, l’Italie et l’Espagne qui s'avèrent être les plus touchés. Dans ces conditions, est-il juste de ne superviser que les pays qui viennent d’entrer dans l’Union ? Ne serait-il pas judicieux, voire nécessaire, de soumettre tous les Etats membres à un contrôle, certes honteux, mais utile dans une société saine ? Endiguer la corruption passe avant tout par la reconnaissance de ce problème généralisé.

Iulia Badea Guéritée