Ce lundi matin, pour la première fois depuis des années, les Irlandais peuvent se réveiller d'une humeur certes encore assombrie par de nombreux doutes et inquiétudes mais aussi égayée par la certitude qu'enfin, quelqu'un a la situation en main.

Malheureusement, ce “quelqu'un” désigne des équipes de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international, venues négocier ici les termes d'un plan de sauvetage aux proportions sidérantes pour des banques irlandaises en piteux état.

Leur présence atteste de notre échec dans la gestion de nos propres affaires intérieures. De ce fait, c'est dans une certaine mesure un échec pour chacun d'entre nous. C'est un échec pour les banques, qui se sont comportées sans la moindre prudence, ont induit le gouvernement en erreur et nous ont vidé les poches.

Surtout, c'est un échec humiliant pour un gouvernement qui n'a pas su faire preuve de l'autorité la plus rudimentaire avant d'y être forcé par des institutions extérieures. Pire, ce gouvernement ne reconnaît ses manquements qu'à moitié, au mieux. Dimanche, le ministre des Finances Brian Lenihan n'a admis qu'à contrecœur l'échec de sa politique, alors que le taoiseach [Premier ministre] Brian Cowen ne s'était visiblement pas même résolu à accepter la réalité.

Le grave danger désormais serait que le gouvernement tente de faire croire aux Irlandais que les termes et conditions posés par le FMI en particulier ne sont que des options que nous pouvons négocier d'égal à d'égal. Les ministres pourraient se convaincre de cette absurdité, à défaut d'en persuader les autres.

Car la réalité est la suivante : nous sommes en faillite et notre simple survie dépend d'autres que nous. Renflouer les banques coûtera des “dizaines de milliards” : moins de 70 milliards d'euros selon le ministre des Finances, 100 milliards à en croire certaines prévisions, quoi qu'il en soit, bien plus que nous ne pouvons débourser.

Les ministres, et en particulier le Premier d'entre eux, aiment se vanter de leur capacité à prendre des décisions draconiennes. Or leurs mesures depuis deux ans n'ont pas été suffisamment draconiennes, et la plupart étaient mal inspirées.

Aujourd'hui, des décisions réelles, pratiques et probantes doivent être prises. Les banques doivent être restructurées, pas dorlotées. Il faudra peut-être en passer par des fusions, des ventes à des géants étrangers. Personne ne doit plus reculer devant ses responsabilités.

Des sacrifices doivent être faits, mais il se peut que la récompense en vaille le prix. En nous frayant un chemin à travers le terrible dédale de difficultés qui s'annonce, nous pourrons renouer avec la prospérité, recouvrer notre souveraineté économique et, ainsi, retrouver notre fierté et notre confiance. Quand, au bout de nos peines, nous sortirons du labyrinthe dans la lumière, c'est toutes ces richesses que nous aurons conquises.