La carotte et le bâton, voilà comment résumer en deux mots les propositions de la Commission européenne face à la crise de la dette. La carotte est l’obligation à taux commun pour tous les pays de la zone euro, ce qu’on appelle les euro-obligations [eurobonds en anglais] et qui créerait une forme de responsabilité commune.

Le bâton est le renforcement des contrôles et des pénalités contre les pécheurs de la dette. Avec un tel programme, on pouvait croire que le président de la commission, José Manuel Barroso, aurait pu marquer des points même auprès d’Angela Merkel.

C’est encore raté. Même si les euro-obligations ontété rebaptisées “obligations de stabilité” pour l’occasion, et même si la carotte ne devrait être accordée qu’une fois avalée l’amère pilule du plan de rigueur, Berlin ne fait toujours entendre qu’un non borné.

Angela Merkel avait d’abord trouvé “déplacé” de débattre des euro-obligations. C’est pourtant elle qui avait commandé une étude de faisabilité sur le sujet. La question revient à point nommé à présent que les marchés ne s’en prennent plus seulement aux Etats surendettés, mais à des pays comme l’Autriche ou les Pays-Bas. L’Allemagne a tout intérêt à protéger ses partenaires importants.

L'Allemagne de plus en plus isolée

Et pourtant, seule la règle et la discipline comptent aux yeux de Merkel. La chancelière de fer reste sourde aux arguments d’économistes toujours plus nombreux, pour lesquels la résolution de la crise passe par ces deux éléments : les obligations européennes et un soutien de la BCE par l’achat de la dette.

Ce faisant, Angela Merkel ne s’expose pas seulement à de nouvelles discussions animées avec Barroso, qui déplore depuis longtemps l’indécision de l’Allemagne face à la crise. L’Allemagne risque également de se retrouver de plus en plus isolée. Merkel ne peut déjà plus compter que sur une poignée de soutiens à Paris, La Haye et Helsinki.

Le président français a déjà pris ses distances sur la question de la BCE, et l’Allemagne prête désormais le flanc aux attaques : son budget pour l’année 2012 est loin de correspondre à la sévère politique prêchée par la chancelière. Pour la première fois ce mercredi, les marchés ont commencé à exprimer des doutes sur la note de l’Allemagne et ne se sont pas précipités sur ses obligations d’habitude si prisés.

De plus, de nombreux signes indiquent que la crise de la dette ne fait que s’aggraver. Si la zone euro finit par vaciller et qu’Angela Merkel bloque toutes les tentatives de sauvetage, beaucoup diront que Berlin est coupable, et ils auront raison.

Traduit de l'allemand par Caroline Lee