Pour célébrer les 20 ans de la révolution de velours, des étudiants tchèques se sont demandé comment renforcer la démocratie dans leur pays. Leur initiative, "Inventaire de la démocratie", les a conduits à changer de regard sur la politique, mais également sur eux-mêmes. "Arrêtons de nous en prendre aux politiques, regardons-nous plutôt". A travers ce slogan, un groupe d’étudiants tchèques, membres de l’initiative "Inventaire de la démocratie", a souhaité célébrer les vingt ans de la chute du communisme en République tchèque. Dix ans après "Merci, partez", un mouvement d’opposition contre l’élite dirigeante de l’époque, ces jeunes tchèques font un virage à 180° et prônent une démarche d’introspection.

A première vue, nous savons tout de cette génération. Ils voyagent à l’étranger, connaissent Facebook sur le bout des doigts et ne se posent pas trop de questions sur le passé communiste de notre pays. Mais c'est une erreur de penser cela. Au cours des dernières semaines, cette génération est à plusieurs reprises apparue sur la scène publique, exhortant les centaines de personnes à être des citoyens actifs. "Je ne suis pas sûre moi-même d’y arriver. Mais je ne veux pas que cela se termine comme toutes ces initiatives qui ne mènent à rien de concret", explique Réza Vlasáková, 24 ans, étudiante en sociologie. Mais elle sait déjà, un an après le lancement du projet "Inventaire de la démocratie", à travers lequel des étudiants ont présenté aux politiciens un ensemble de revendications pour changer la situation actuelle, qu’elle ne souhaite pas se lancer en politique. "Les hommes politiques ne sont pas fair-play. Mais c’est plutôt de notre faute, c’est nous qui permettons cela". Pendant un an, avec une quinzaine d’autres étudiants, elle a engagé une réflexion autour de ce constat.

"L'étoile rouge ne me dérange pas"

En novembre 1989, ils n’étaient encore que de très jeunes enfants. Ils ont ensuite dû se faire par eux-mêmes une opinion sur le sens du passé communiste. "Ce n’est pas tant l’étoile rouge sur l’Hôtel International [construit entre 1952 et 1954, dans le pur style stalinien, l'Hôtel International est un haut symbole de la période communiste] qui me dérange, mais plutôt le fait que les gens vivent cette liberté conquise dans leur bulle, et que tout le bordel qui règne autour d’eux leur soit absolument égal", affirme Réza Vlasáková. A l’instar de ses condisciples, elle ne lit ni les quotidiens ni les nouvelles sur Internet. Elle préfère s'informer en lisant les hebdomadaires, fréquenter des blogs et, surtout, participer à des débats avec ses amis.

Que feront-ils lorsqu’ils auront un bulletin de vote entre les mains ? Ils n’ont pas encore décidé à qui iront leurs voix. "J’élimine tout d’abord les deux grands partis", explique Tereza Selmbacherová, 24 ans, étudiante en sociologie. "Je me suis rendu compte durant cette année qu’ils n’ont pas de vision claire, qu’ils ont besoin l’un de l’autre et qu’ensemble, ils étouffent les petits partis. Ensuite, bien sûr, j’élimine les communistes. Finalement, je ferai mon choix parmi les partis qui restent, en étudiant soigneusement leurs programmes."

Adhérer ou ne pas adhérer à un parti

Pour ces jeunes, l’année écoulée aura radicalement changé le regard qu’ils portent sur la politique et sur eux-mêmes. Ils n’ont pas seulement appris à parler devant un auditoire, à travailler en équipe et à communiquer avec les autorités, ils se sont aussi rendu compte que ces élites politiques qu’ils croyaient inaccessibles étaient comme tout le monde. Ils ont rendu visite à une vingtaine de dirigeants politiques et leur ont demandé de retirer les absurdités qu’ils avaient pu proférer. Ils ont filmé ces rendez-vous à l’aide d’une caméra prêtée par l’Université Charles, dans le cadre d’un projet cofinancé par l’Union européenne.

Dans les films des premières rencontres organisées avec les hommes politiques, les faiblesses des jeunes sont criantes : ils ne savent ni argumenter, ni poser des questions. "Au bout d’un moment, confie Jakub Bachtík, 24 ans, étudiant en histoire de l’art et en tchèque, nous nous sommes concentrés sur nous-mêmes plutôt que sur les hommes politiques et c’est à partir de là que nous avons véritablement commencé à apprendre".

Le message principal du discours de l’ex-président Václav Havel, prononcé du haut de la tribune de l’initiative "Inventaire de la démocratie", sur la place Venceslas, consistait en une invitation à adhérer dans un parti politique. Mais ils ne se sentent pas encore assez expérimentés pour cela, et surtout, ils veulent pouvoir terminer tranquillement leurs études. Ce n’est certes pas l’avis de tous. "Moi aussi, il y a deux mois, j’ai dit que je ne voulais pas me lancer en politique. Mais j’ai changé d’avis. Notre génération doit se lancer, pour rajeunir les partis politiques", affirme Jakub Bachtík, qui a rejoint l’association pour la vieille Prague par laquelle il entend contribuer à la conservation du patrimoine de la capitale.