L'Islande pourrait devenir le paradis des journalistes. Le Parlement de Reykjavik doit en effet débattre d'une initiative destinée à renforcer la liberté d'expression. Le projet, appelé "Initiative islandaise pour la Modernisation des Médias", a été soumis officiellement le 16 février dernier au Parlement de Reykjavik par quelques élus. Ces derniers ont été mobilisés par des représentants du site Internet Wikileaks, spécialisé dans la publication de scoops. Si l'initiative trouve le soutien nécessaire, le gouvernement demandera au Parlement de débattre de l'introduction d'un ensemble de lois visant à mieux protéger les journalistes et leurs sources. Dans ce cas, journaux, télévisions et sites du monde entier pourraient ouvrir des bureaux offshores en Islande.

Cet objectif serait réalisé en incorporant dans la loi islandaise les "bonnes pratiques" législatives du monde entier, [explique Julian Assange, éditeur de Wikileaks](http:// http://news.bbc.co.uk/2/hi/technology/8504972.stm). "Il y a de bonnes lois dans divers pays, mais aucun pays qui les ait toutes." L'Islande a été choisie par Wikileaks parce que son personnel politique est réceptif au changement. Le pays occupe en outre la première place dans le classement de la Liberté de la presse 2008 de l'organisation Reporters sans frontières (RSF), et la 9e place auclassement 2009, ce qui signifie qu'il possède déjà une des législations les plus permissives au monde en matière de liberté d'expression.

Vers la fin du tourisme de la diffamation

Wikileaks dispose de serveurs situés à des endroits stratégiques un peu partout dans le monde, ce qui lui permet de publier ou de canaliser les informations dans des pays où le cadre juridique est permissif. Et si le site a été poursuivi plus de 100 fois ces trois dernières années, il n'a perdu aucun procès. C'est ainsi fort de cette expérience que le site a suggéré aux élus islandais un nouveau cadre juridique pour une meilleure protection des journalistes et de leurs sources.

Des mesures pourraient notamment être prises pour mettre un terme à ce qu'on appelle le "tourisme de la diffamation", à savoir la pratique d'intenter des procès dans les pays où les juridictions sont les plus défavorables à la liberté de la presse, indifféremment du pays où les parties ont enregistré leur siège. Ceux qui seraient accusés de diffamation pourraient ainsi intenter à leur tour des "contre-procès" en Islande contre les "touristes de la diffamation". Andrew Scott, professeur de droit à la London School of Economicsestime que ces mesures "transformeraient l'humble [journaliste] islandais en un surhomme juridique, qui ne pourrait plus être atteint par les tribunaux en dehors de l'Islande pour les commentaires faits dans son pays."

Ces mesures visent non seulement la protection des journalistes, mais aussi celle des entreprises qui publient leur travail, des sites qui hébergent les informations ou encore d'autres intermédiaires. "Le but de la législation n'est pas de permettre la publication sans restriction d'insultes ou de faire de l'Islande le pays des tabloïds, des pédophiles ou autres activités du genre", expliquent les initiateurs du projet de loi. "L'idée est de créer un cadre favorable au journalisme d'investigation et à la liberté d'expression, un environnement avenant qui attirera les affaires des médias du monde entier", précise Julian Assange.