Avec l'accord conclu le 25 mars au soir sur le plan de sauvetage de la Grèce, les Vingt-sept ont mis un terme à une tragédie qui durait depuis des mois. Pourtant, la solution trouvée est loin d'être idéale et la fracture qui s'est ouverte au sein de l'Union mettra du temps à se refermer, note la presse européenne.

"On est arrivé à l'épilogue de ce long hiver qui a tenu en haleine les gouvernements, les marchés, les banquiers centraux, les diplomates et les économistes, aux prises avec le spectre d'un événément jusqu'à présent inconcevable : la première faillite d'un pays d'Euroland, le défaut de paiement de la Grèce", écrit Il Sole 24 Ore, selon lequel "à la fin, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, comme à l'époque d'une Europe plus ambitieuse et moins divisée, ont apposé le sceau franco-allemand" à l'accord obtenu le 25 mars en marge du Conseil européen de Bruxelles.

Cet accord prévoit que l'aide accordée à la Grèce pour faire face à sa dette publique "prendrait la forme de prêts bilatéraux coordonnés par la Commission et la Banque centrale européenne (BCE), auxquels s'ajouterait une intervention 'substantielle' du Fonds monétaire international (FMI)",explique Libération. "L'intervention du FMI sera minoritaire", note encore le quotidien parisien, "mais – et c'est là où l'on peut se demander si ce plan est sérieux -, il a été convenu que cette aide combinée n'interviendrait qu'en 'dernier recours'. Bref, si la Grèce est menacée d'insolvabilité...". "Même ceux qui auraient préféré une solution européenne, comme l'Espagne, reconnaissent que l'intervention d'un organisme international est positif",remarque EL Mundo, pour qui "l'accord est un matelas de secours important pour Athènes, même s'il est plein de conditions".

En fait, Libération se demande s'il ne s'agit pas "d'un simple habillage visant à dissimuler un désaccord profond et persistant entre les deux rives du Rhin". "Berlin, à mots couverts, s'inquiète du penchant français pour une croissance française fondée sur la consommation et l'investissement public", note à ce sujet son confrère Le Figaro, pour qui, "à l'inverse, Paris a ouvertement critiqué un modèle allemand fondé sur l'épargne et l'exportation qui vient nourrir les déficits des voisins." Pour le Premier ministre grec Georges Papandréou, "la pilule s'annonce amère", commente encore Le Figaro : "Il attendait de l'Europe qu'elle l'aide à se refinancer à moindre coût. Athènes doit trouver 15 miliards d'euros d'ici à début mai et 50 milliards avant la fin de l'année. Les conditions posées par Angela Merkel font du soutien conjoint de l'UE et du FMI un recours très dissuasif."

Côté allemand, après des semaines de rangs serrés derrière Angela Merkel, la presse (toutes tendances confondues), est au revirement: alors que le Spiegel Online se demandesi "la chancelière de fer" a rendu service à l'Allemagne, dont l'image en Europe à beaucoup souffert, Handelsblatt titre sur "la victoire amère de la chancelière", qui a dû "casser beaucoup de porcelaine". "La revanche viendra", estime le quotidien économique, qui doute que Berlin puisse abtenir une majorité en faveur d'un président allemand à la BCE ou encore l'adoption d'un traité instituant le Fonds monétaire européen.

L'accord est critiqué également en Pologne par Rzeczpospolita, selon laquelle "les pays de la zone euro ont pris la même décision controversée que Washington il y a deux ans" : ils ont décidé d’aider "les escrocs". Controversée car cette décision augmentera leurs difficultés pour réduire leurs déficit publics tandis que les "escrocs" resteront impunis. En Roumanie, Gândul relève que "la solidarité européenne ne semble pas exister vraiment"/ Et de citer un récent sondage effectué en Allemagne, France, Grande Bretagne, Espagne et Italie, selon lequel "58 % des Européens interrogés se sont prononcés contre l'idée d'aider financièrement la Grèce 'au nom de la solidarité européenne'".