Au bout de longues discussions, le 28 octobre, les chefs d’Etat et de gouvernement réunis en Conseil européen à Bruxelles ont décidé de renforcer les sanctions financières contre les Etats budgétairement indisciplinés. Et surtout, ils ont décidé de remanier le traité de Lisbonne pour faciliter la création d’un cadre pérenne de soutien aux pays de la zone euro. "Merkel remporte l’euro-poker",constate le Financial Times Deutschland, puisque la chancelière allemande, appuyée par le président français Nicolas Sarkozy, exigeait cette révision du traité malgré l’opposition de plusieurs Etats membres.

La roulette russe ou le suicide institutionnel de l'UE

"Madame la chancelière dirige l’Europe", s’insurgeRzeczpospolita à Varsovie. “L’UE est au milieu d’une nouvelle crise, mais chaque crise nous rend plus fort. La seule recette est davantage d’intégration", ironise l’éditorialiste Marek Magierowski. "L’Europe doit se développer, accélérer, si elle arrête de pédaler, elle tombera... Combien de fois avons-nous entendu ce ‘blabla’ des politiciens luxembourgeois, des éditorialistes allemands et des experts polonais”. “Les euro-enthousiastes devraient rapidement prendre leur stylos et justifier cette volte-face et expliquer pourquoi, soudainement, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy n’aiment plus le traité », ajoute Magierowski. "Sauver la monnaie commune est bien sûr une noble et louable cause. Mais plus que jamais, nous entendons des politiciens européens s’inquiéter et demander pourquoi l’UE doit tout le temps satisfaire les caprices de l’Allemagne".

” Certes, rappelle de son côté José Ignacio Torreblanca dans El País, "l´entente franco-allemande a apporté la paix, la stabilité et la prospérité a l´Europe". Mais aujourd’hui, estime le commentateur, on ne peut pas ignorer que Paris et Berlin "ont profité au maximum de chaque petite opportunité pour sauvegarder leurs intérêts stratégiques, même au détriment des autres membres de l’UE". Et entrainer les Vingt-Sept dans un nouveau processus de ratification, en pleine crise économique et citoyenne, “est plus que jouer à la roulette russe: c’est parier sur un suicide institutionnel de l’UE".

"Nous n'allons tout de même pas devoir revivre tout cela!"

A Dublin, cette perspective est accueillie avec inquiétude. “De manière assez appropriée, à l’approche d’Halloween, le fantôme du traité de Lisbonne revient", s’affole l’Irish Independent."Nous n’allons tout de même pas devoir revivre tout cela. En votant pour le traité de Lisbonne, nous avons donné à l’Union européenne le pouvoir de prendre des décisions sans demander aux Irlandais d’organiser un référendum, non ?"

Malheureusement, poursuit le quotidien, "ce n’est pas si simple que cela. Lorsque la chancelière allemande propose que l’on suspende le droit de vote d’un pays qui viole de manière répétée les règles en matière de dette et de budget, l’Irlande est clairement dans la ligne de mire. Et l’arme est vraiment chargée."

"L’euro et la guerre“, titre d’ailleurs Lidové noviny. Le quotidien pragois remarque que l’euro et son sauvetage empoisonnent les relations entre les pays européens. Le sommet de Bruxelles démontre encore une fois que les idées concernant la gestion de l’euro ne trouvent pas leur dénominateur commun, et qu’elles sont de plus en plus différentes, tandis que les pays membres s'éloignent économiquement, politiquement et socialement.

"Soumise à une pression de plus en plus grande, la chancelière allemande sera obligée de démontrer aux Allemands sceptiques que leur pays ne pourra éternellement pas payer les comptes des pays endettés“, concède Lidové noviny. Mais le journal estime qu’Angela Merkel sait qu’une nouvelle ratification du traité de Lisbonne pour sanctionner les pays trop dépensiers "n’est qu’une utopie“. Alors certes, Berlin pourrait menacer de quitter la zone euro – et des études sur un n-euro, une nouvelle monnaie pour les pays du Nord budgétairement responsables, ont déjà été réalisées- mais "cela ne pourrait que mener à l’effondrement de l’Union“, prévient Lidové noviny.