Nous assistons purement et simplement au "déclin du berlusconisme", assure El País. En l'espace de quelques années, Silvio Berlusconi a réussi "à capter le profond désir de stabilité" des Italiens lassés par des décennies de fragmentation politique, en "agglutinant le centre droit avec le soutien du Vatican et des entrepreneurs". Mais aujourd'hui, son pouvoir se heurte à la "question morale" soulevée par le cofondateur du Peuple de la Liberté (PDL), Gianfranco Fini.

Celui-ci et les siens, explique le quotidien madrilène, "mettent quotidiennement le gouvernement sur la sellette, à chaque cas de corruption, d'abus de pouvoir ou lorsque les ministres font preuve d'indécence. A chaque fois que l'exécutif met l'intérêt particulier au-dessus de celui de la collectivité". Mais Berlusconi "luttera jusqu'au bout pour terminer son mandat, comme prévu en 2013", affirme encore El País, selon lequel, toutefois, même "s'il peut encore gagner la partie", "le berlusconisme semble blessé à mort", car "il n'est pas parvenu à mettre en place un leadership cohérent pour le pays. Ce qui est encore plus grave pour l'Italie que le mauvais état de l'économie ou que ses frasques sexuelles".

"Le pouvoir s'effondre", titre pour sa part la Zeit, selon laquelle le "système Berlusconi" – bafouer l'Etat italien et récompenser les fidèles – est en train de se retourner contre son maître. "Jusqu'à ce jour", affirme l'hebdomadaire allemand, "le succès de Berlusconi reposait sur la désaffection des Italiens vis-à-vis de l'Etat : il promettait à ses électeurs de les protéger de l'ingérence étatique. Dans l'Italie de Berlusconi, l'Etat et ses institutions se sont transformés en adversaires contre lequels tout politicien charismatique protège sa clientèle. Pas à pas, Berlusconi a libéré les Italiens de cet Etat hostile en instaurant des amnisties pour les fraudeurs fiscaux et les bâtisseurs illégaux. Lorsque la législation fiscale et les règles sur la construction deviennent optionnelles, tout le monde peut en profiter".

"Mais aujourd'hui", poursuit la Zeit, "les Italiens constatent que leur grande liberté n'est en vérité que le droit du plus fort. Finalement, ceux qui profitent du système Berlusconi sont peu nombreux, et ils constituent depuis longtemps une espèce d'oligarchie criminelle en contact avec la mafia. Il devient maintenant dangereux pour Berlusconi de donner l'impression de ne plus avoir de contrôle sur ses oligarques. C'est le début d'un processus qui pourrait s'avérer atrocement lent et donc pernicieux pour l'Italie. Etant donné que l'opposition […] est faible, elle pourra – comme cela a souvent été le cas – n'être que spectatrice de la dissolution du système Berlusconi. Aucun autre système n'est encore en vue."

La crise au sein de la majorité au pouvoir à Rome ne devrait toutefois pas avoir de conséquences sur la position et la politique de l'Italie au sein de l'Union européenne : à en croire The Economist, Italie, bien que faisant partie des membres fondateurs de l'UE, l' y a depuis toujours une influence bien inférieure à son poids économique et démographique. Qu'il s'agisse de faire valoir ses intérêts nationaux ou de "jouer dur", l'Italie s'est longtemps contentée d'un rôle de second plan. Marquée par "des querelles incessantes" entre partis qui "minent toute approche cohérente de la politique européenne", elle a cultivé "une longue histoire de négligence" vis-à-vis des institutions européennes. Celle-ci s'est traduite, "cas quasiment unique au sein de l'UE", par "une absence d'alliances stables, même avec d'autres Etats méditerranéens", et, jusqu'à peu, par un manque de "coordination entre les politiques européennes des différents ministères".

Ces dernières années, note The Economist, certains progrès ont été faits dans cette direction, en raison notamment d'une plus grande stabilité politique sous les gouvernements successifs menés par Silvio Berlusconi. Mais ce dernier n'a pas fondamentalement changé la donne : "Pour le chef du gouvernement italien, l'Europe est ennuyeuse". En politique étrangère, "il réserve son enthousiasme pour ses relations diplomatiques personnelles avec des dirigeants de pays comme la Turquie, la Russie, la Biélorussie, la Libye et les républiques d'Asie centrale – des pays extérieurs à l'UE, qui n'ont pas tous bonne presse à Bruxelles".