La situation est particulière : accablée par une triple crise – économique, institutionnelle et un perte de vision et de foi en l’avenir, l’Europe a perdu son élan et ne sait plus quelle direction prendre. Mais l’Union a entamé une nouvelle saison institutionnelle : un nouveau parlement, bientôt une nouvelle Commission. L'apathie de l'Europe doit d'être surmontée. L'hebdomadaire Polityka et le think tank demosEuropa – Centre pour la stratégie européenne basé à Varsovie, ont constitué un groupe de réflexion pour élaborer un nouvel agenda pour l’Union européenne. Le 16 juillet dernier à Varsovie, nous avons ont présenté un vaste rapport intitulé "L’Europe peut mieux faire" et souhaitons le présenter dans plusieurs capitales européennes. Son principal message est clair : l’Union doit avancer et entreprendre un projet d’intégration nouveau et exigeant, comparable au marché unique des années 80, ou à la monnaie unique des années 90.

L’Union est bien plus qu’une organisation internationale réussie : c’est un projet politique et civilisationnel. Son poids et son importance sont déterminés par l’attractivité de ce que l’Europe peut proposer à elle-même et aux autres. L’actuel débat européen est au point mort, suspendu entre le rêve des Etats-Unis d’Europe, qui, il y a peu de temps encore, absorbait tout le monde, et un pragmatisme illusoire qui domine la vie politique actuelle du continent. Ce pragmatisme est comme un virus qui affaiblit l’Union et provoque des mutations dans tout le système. Il touche les questions les plus fondamentales, y compris le fonctionnement du marché unique. Paradoxalement cette "auto-désintégration" de l’UE peut être plus dangereuse que les défis directs à sa légitimité.

Dans leur arrêt récent concernant le traité de Lisbonne, les juges du Tribunal constitutionnel allemand ont soutenu l'idée sur 147 pages que l’intégration européenne ne devait pas empiéter excessivement sur les compétences nationales. Il faut donc se décider – soit un Etat-nation, soit les Etats-Unis d’Europe. On ne peut pas avoir les deux.

Depuis quelque temps, l’expression G2 désigne le groupe constitué des Etats-Unis et de la Chine. Aucun pays européen ne peut à lui seul être un partenaire de ces deux pays. L’Union ne devrait-elle pas transformer le G2 en G3 ? Si elle perd la bataille de l’influence mondiale, elle cessera d’exister en tant qu’entité politique. Pour que le G3 puisse devenir une réalité, l’Union doit bâtir une culture stratégique commune et apprendre à faire confiance à ses représentants. La diplomatie européenne, à laquelle le traité de Lisbonne donne son feu vert, peut se construire pendant des années et être tenue en laisse par les principales capitales européennes, elle peut aussi être rapidement créée et correctement équipée. La deuxième proposition est indiscutablement la bonne.

L’Europe a besoin d’être politisée. Cela peut être réalisé par la création de véritables partis politiques européens. Ce sont eux, pas les partis nationaux, qui devraient conduire le débat avant les élections au Parlement européen. Nous éviterions les campagnes provinciales, dominées par des querelles internes et les ambitions personnelles de chaque "paroisse". C’est à l’échelle du continent que les Européens discuteraient des problèmes de la protection de l’environnement, du transport, de l’énergie, problèmes ne pouvant être résolus au niveau d’un seul état.

Il est nécessaire de mettre en place une coopération étroite entre l’UE et l’OTAN. La nouvelle phase devrait débuter par une revue des principales menaces et la désignation d’un dénominateur commun entre la Stratégie européenne de sécuritéet le nouveau Concept stratégique de l’Otan. L’UE doit être capable de planifier des opérations sans devoir à chaque fois, compter sur la bonne volonté de ses pays membres.

Heureusement, la crise a démontré la solidité des fondements structurels de l’Union européenne, notamment de la Banque centrale européenne. Sans la monnaie unique, l’Union serait probablement submergée par des vagues de dévaluations concurrentielles, chaque pays cherchant à atteindre un taux de change qui lui soit profitable. L’euro doit être renforcé, afin de devenir une importante devise mondiale de réserve aux côtés du dollar. L’élargissement de la zone euro devient l’un des principaux projets politiques de la prochaine décennie. Une étape nécessaire pour rompre définitivement la division entre les anciens et les nouveaux pays membres.

La construction européenne a toujours été basée sur l’intégration économique. Nous le ressentons plus particulièrement en temps de crise. Pour le moment, chacun agit comme il l’entend. Les Allemands introduisent dans leur Constitution l’obligation de réduire le déficit budgétaire, tandis que la France veut "investir dans l’avenir" en augmentant le sien. Cette méthode de "lutte à la corde", où le plus fort gagne, reste d’actualité. Du point de vue polonais, il est impératif de défendre les principes fondamentaux de l’UE que sont la libre circulation des marchandises, des personnes, des services et des capitaux, quelque soit la conjoncture économique. La priorité est également d’augmenter le budget de l’Union qui ne représente actuellement que 1% du PNB européen. On aura besoin de cet argent pour soutenir les projets en recherche et développement, car l’innovation conditionne l’économie européenne du 21ème siècle.

Une crise continue, et d'autres se profilent déjà. La première viendra de la démographie, qui est à la fois notre succès et aussi notre problème. Dans les deux ou trois ans qui viennent, la moitié des Européens aura plus de 50 ans. Il n’existe nulle part ailleurs au monde une économie avec pareille structure démographique. Un pacte politique européen est nécessaire dans ce domaine, avec un allongement de l’âge de la retraite et un passage progressif (comme c’est le cas en Pologne) au système des retraites par capitalisation.

Le solde des problèmes de l’Union européenne est préoccupant. Ironie du sort, cela explique le manque cruel de leadership politique dans la situation actuelle. Il est cent fois plus facile de chercher refuge dans des débats politiques internes et d’oublier le monde extérieur, en espérant en silence que quelqu'un d’autre se chargera des problèmes. Mais aujourd'hui, avec Jerzy Buzek à la tête du Parlement européen et la présidence polonaise de l’UE en 2011, la Pologne n’a pas d’autre choix que de sortir une armure plus lourde.