Une bombe politique a explosé au sein du gouvernement autrichien, à une semaine à peine des élections européennes, détruisant la coalition de centre-droite en place et conduisant à de nouvelles élections législatives. Les organes de presse allemandsDer Spiegel etSüddeutsche Zeitungont publié une vidéo montrant Heinz Christian Strache, le vice-chancelier et chef du parti d’extrême droite FPÖ (Parti de la liberté), dans une villa à Ibiza en train de négocier avec une femme qui se faisait passer pour la nièce d’un oligarque russe.

Strache qui était dans un état grave d’ébriété a promis des contrats gouvernementaux surévalués en échange d’une grosse somme d’argent investie en Autriche. Il a aussi suggéré que son allié potentiel acquière le plus grand journal autrichien Kronenzeitung qui soutiendrait son parti. « Nous allons renvoyer quelques personnes et les remplacer par nos partisans », dit-il dans l’enregistrement. « On fera comme Orbán ». Le premier ministre hongrois, Victor Orbán, a réussi à prendre le contrôle de tout le paysage médiatique hongrois avec l’aide des oligarques locaux.

Le scandale d’Ibiza a secoué tout le pays. Des milliers de personnes se sont rassemblées devant la chancellerie de Vienne pour demander la fin de la participation du parti d’extrême droite dans le gouvernement. Le chancelier conservateur Sebastian Kurz a été contraint d’accepter la démission de son vice-chancelier, qui avait participé à des jeux de guerre néo-nazis durant sa jeunesse, et de mettre fin à la coalition avec le FPÖ. « Trop c’est trop », a tonné Kurz en parlant de la série d’incidents impliquant des représentants du FPÖ qui avaient fait des commentaires racistes et qui s’étaient associés à des groupes néo-nazis.

Le FPÖ de Strache, la Lega de Matteo Salvini et le Rassemblement National de Marine Le Pen font tous partis du groupe parlementaire de l’Europe des Nations et des Libertés (ENL). Comme ses camarades italiens et français, le FPÖ s’entend bien avec Vladimir Poutine et a même un accord de coopération avec son parti Russie unie. Strache et ses amis rendent régulièrement visite à Victor Orbán, chef de la formation hongroise Fidesz, qui est toujours membre du Parti populaire européen même si son adhésion a été suspendue.

Le Parti populaire autrichien (ÖVP) est le leader incontesté des sondages à la veille des européennes. Ce parti, jusqu’à peu associé à la couleur noire, est traditionnellement soutenu par les hommes d’affaires, les agriculteurs et les populations très pieuses du milieu rural. En 2016, le trentenaire Sebastian Kurz et ses amis ont pris la tête du parti et ont fait passer l’ÖVP du noir clérical au turquoise brillant. Ils ont immédiatement gagné les élections en faisant la promesse de changer le pays et de le réformer en s’alliant avec le parti situé à leur droite, le FPÖ, et non avec les sociaux-démocrates du SPÖ qui étaient leurs coéquipiers de longue date. Logiquement, le pays a connu un revirement radical à droite.

Le Parti social-démocrate, qui faisait et défaisait les gouvernements autrefois, se bat maintenant contre le FPÖ pour la deuxième place, alors que les Verts et les Néo-libéraux doivent s’attendre à un résultat à un chiffre. Pendant des décennies, les démocrates-chrétiens et les sociaux-démocrates ont dirigé l’Autriche, seuls ou associés dans le cadre de grandes coalitions. Le changement est intervenu en 2015, quand un grand nombre de réfugiés sont arrivés en Autriche. Beaucoup de travailleurs, qui constituent le cœur de l’électorat social-démocrate, ont eu peur de ces nouveaux arrivants perçus comme des concurrents sur le marché du travail et ont voté pour les Bleus au lieu des Rouges (l’insigne secret des Nazis quand leur parti était interdit représentait un bleuet). Il n’est donc pas étonnant que la migration soit le thème principal de la campagne européenne. Mais le scandale d’Ibiza a radicalement changé la donne. Le FPÖ, le soi-disant parti national, a montré qu’il était capable de vendre la patrie, y compris ses ressources en eau à un oligarque russe.

La campagne électorale autrichienne fait écho à celle des autres pays européens. Le clivage traditionnel droite-gauche a été supplanté par le conflit opposant les nouveaux partis populistes de droite au reste de l’échiquier politique. Au moins une chose est sûre : les élections de cette année vont être très intéressantes.