Le Laboratoire sur les Inégalités mondiales (World Inequality Lab) a publié ce 2 avril un rapport inédit, mesurant l’évolution des inégalités en Europe et aux Etats-Unis depuis 1980. Intitulé "Le modèle social européen a-t-il résisté à la montée des inégalités ?", c’est la première fois qu’une étude réussit à analyser l’évolution des différences de revenus avant et après impôts sur une si grande période et pour l’ensemble des pays européens.

D’un point de vue général, l’étude du World Inequality Lab souligne le fait que les inégalités entre les classes moyennes et inférieures (50  % les moins riches) et les très riches (1 % les plus riches) ont très légèrement baissé depuis les années 1980, alors qu’elles ont explosé en Russie et aux Etats-Unis.

Néanmoins, si elles ont pu être retenues au niveau global, malgré la crise de 2008, il existe toujours d’importantes disparités en fonction des pays européens. Il ne s’agit pas de démontrer l’existence de différences de niveaux de vie selon les pays, mais bien d’analyser les différences de revenus entre les plus riches et la classe moyenne dans chaque pays.

Pour le Laboratoire sur les Inégalités Mondiales, ce sont ces différences qui déterminent  "presque entièrement" les inégalités qui subsistent au niveau individuel. C’est donc bien les politiques sociales nationales qui guérissent ou aggravent les inégalités.

La première différence entre les pays européens, et aussi la plus évidente, c’est la différence du revenu moyen dans chaque pays. S’il atteint 60 000 euros par an au Luxembourg, le montant le plus élevé de l’Union Européenne, il tombe à 14 500 euros en Bulgarie. Réduire les inégalités se ferait grâce à une croissance plus rapide du revenu des plus pauvres que celle des plus riches.

Plus étonnant, ce que l’étude montre, c’est que même s’il n’y avait pas d’inégalités entre les revenus moyens nationaux, la situation serait peu différente de celle d’aujourd’hui.

En effet, c’est la portée des différents systèmes de redistribution – c’est à dire de l’action étatique après la collecte d’impôts – qui est inégale. C’est ce que souhaite montrer, par exemple, une étude publiée le 27 mars dernier par le ministère de la Santé français a montré une réduction visible des inégalités liées à l’effort financier nécessaire pour se loger, grâce à la distribution publiques d’allocations logement.

Or, si les pays européens ont réussi à contenir la montée des inégalités, c’est plutôt grâce à "la prédistribution, c’est-à-dire les dépenses d'éducation, de santé, encadrement du marché du travail, etc.", donc la dépense sociale avant impôts, a confié à VoxEurop Lucas Chancel, co-auteur de l’étude du Laboratoire sur les Inégalités Mondiales. Et c’est particulièrement flagrant lorsque l’on compare l’Europe à d’autres régions du monde, puisque "le niveau des dépenses sociales par exemple, c’est-à-dire l’éducation, la santé, ou les retraites publiques est d'environ 7-8 points plus élevé en Europe de l'Ouest et du Nord qu'aux USA."

Face à ces disparités sur le continent, la solution est claire pour les chercheurs du Laboratoire sur les Inégalités Mondiales : "l'UE doit davantage insister sur la réduction des inégalités à l'intérieur des pays, notamment via plus d'harmonisation fiscale", insiste Lucas Chancel. C’est la progressivité fiscale qu’elle devrait mettre l’accent, pour permettre de financer les dépenses sociales de prédistribution, essentielles pour résister aux inégalités.

S’il est essentiel que l’Union Européenne fasse plus d’efforts pour réduire les différences entre les pays, elle doit également s’intéresser aux inégalités entre citoyens européens. La convergence entre les Etats ne pourra pas suffire à réduire les écarts.