Dimanche 26 mai, 20h, premières estimations. Les européennes font du Rassemblement national de Mme Le Pen le premier parti de France avec 23 % des voix contre 19 % aux candidats de la République en marche d’Emmanuel Macron et des partis centristes associés.

Pour la première fois dans l’histoire de France, l’extrême-droite domine l’échiquier politique. Pour la première fois dans l’histoire de l’Europe unie, l’une des deux plus grandes puissances de l’Union donne la première place à un parti extrémiste qui plaidait, il y a peu en faveur d’un “Frexit”.

Alors non ! Non seulement ce scénario n’a rien de certain mais il est devenu improbable depuis qu’Emmanuel Macron remonte dans les sondages et qu’a échoué l’OPA de Marine Le Pen sur les “Gilets jaunes”, eux-mêmes en perte de vitesse. C’est plutôt l’inverse qui devrait maintenant se produire le 26 mai mais, outre qu’une campagne peut toujours réserver des surprises et que rien n’est garanti, le premier enjeu français de ce scrutin européen est bel et bien là.

Si l’ancien FN sortait en tête de européennes, tout l’échiquier français en serait bouleversé car toute la partie de la droite qui souhaite, silencieusement ou publiquement, s’allier à extrême-droite n’hésiterait alors plus à le faire et constituerait avec elle coalition ou même une formation à même d’opérer une percée aux municipales de 2020, deux ans avant la prochaine présidentielle. Cette droite de la droite bénéficierait ainsi d’une forte dynamique pouvant faire basculer la France dans des zones inconnues depuis l’occupation.

L’enjeu français des prochaines européennes n’est ainsi pas que national. Il est également européen et pas seulement parce que le consensus du Conseil pourrait, bientôt, en être profondément altéré en faveur d’une renationalisation des politiques et d’un délitement progressif de tout ce qui est communautaire.     

Au-delà même de cette évolution qui pourrait être, en elle-même, fatale à l’unité européenne, la dynamique qu’introduirait une victoire des lepénistes le 26 mai priverait l’Union de sa force la plus allante.

Ce n’est en effet pas être exagérément élogieux sur la France que de voir et dire qu’elle est aujourd’hui, avec ou sans succès, l’avocat le plus ardent d’une réaffirmation de l’Union, de sa “Renaissance” dit Emmanuel Macron. C’est de Paris, et non plus de Paris et Berlin, que viennent désormais les propositions européennes les plus audacieuses. De tous les dirigeants européens, c’est le président français qui est le plus identifié à la cause de l’unité qu’il n’a jamais cessé de défendre et revendiquer comme sienne depuis le début de sa campagne électorale. Si un homme, dans ce contexte d’euromorosité, peut contribuer à relever le drapeau de l’Union et à la remettre sur ses rails, c’est Emmanuel Macron et son élimination, en 2022, au profit d’un représentant d’une droite et eurosceptique sonnerait le glas de l’unité ou la mettrait pour longtemps en sommeil.

A l’heure où les Etats-Unis referment leur parapluie, où les chaos de la rive sud de la Méditerranée ne semblent pas s’apaiser et où les ambitions revanchardes de Vladimir Poutine sont plus que jamais grandes, ce serait une catastrophe non seulement pour nous autres Européens mais pour un monde qui aurait tant besoin d’une Europe politique et acteur de la scène internationale. L’Union, c’est un choix entre être ou ne pas être et, dans cette bataille entre l’existence et le renoncement, le 26 mai, de la France comptera pour beaucoup.  

Bernard Guetta a rendu publique sa candidature aux élections européennes du 26 mai 2019 dans les rangs de La République en Marche après avoir remis cette chronique.