L’Union européenne est la première puissance commerciale mondiale, devant la Chine et les Etats-Unis. Elle est aussi le principal pourvoyeur et bénéficiaire d’investissements directs étrangers dans le monde. Qu’a-t-elle fait de cette puissance ?

Si elle s’inscrit dans les règles multilatérales de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qu’elle soutient, l’Union a aussi contourné le blocage des négociations commerciales qui se tenaient à l’OMC en développant des accords bilatéraux, où se jouent des rapports de force plus directs. En dix ans, près de 25 accords sont entrés en vigueur ou en application provisoire avec une soixantaine de pays, sans compter huit nouveaux accords en négociation et cinq en cours de modernisation. En 2005, les accords bilatéraux couvraient moins d’un quart du commerce international réalisé par les Etats membres. Une proportion montée à un tiers en 2017 et qui pourrait atteindre deux tiers si toutes les négociations en cours se soldent par des accords.

La politique commerciale européenne fait l’objet de nombreuses critiques, en particulier du fait de son déficit de transparence et de contrôle démocratique. Un bilan détaillé de ses résultats économiques n’a jamais été vraiment dressé. Or, comme le souligne la commission d’évaluation du Ceta (l’accord avec le Canada) mandatée par le Premier ministre français, « les bénéfices à attendre des accords de libre-échange ont par le passé été surestimés par leurs promoteurs, tandis que les conséquences distributives en ont été minimisées et les externalités négatives [notamment environnementales, NDLR] tout simplement ignorées » [1].

Face à ces critiques, la Commission européenne a répondu… en développant des accords dits de nouvelle génération, qui portent sur des sujets de plus en plus larges ! Ils ciblent surtout les "obstacles non tarifaires au commerce", c’est-à-dire les normes de protection sanitaire, alimentaire, sociale ou environnementale, qu’il faudrait libéraliser. Ce qui a suscité de nouvelles contestations citoyennes aboutissant à une remise en cause des négociations d’un traité avec les Etats-Unis, tandis que la ratification de l’accord avec le Canada n’est toujours pas terminée plus de quatre ans après la fin des négociations. Une politique commerciale trop libérale et très contestée, tel est le résultat de la dernière décennie.

[1] Voir sur https://bit.ly/2VHWThi