Depuis 2016, l'Union affirme collectivement sa volonté "d’autonomie stratégique". Un projet stimulé d’abord par la nouvelle agressivité russe aux frontières orientales de l’Union avec l’annexion de la région ukrainienne de Crimée en 2014, mais aussi par des menaces qui prennent une ampleur nouvelle (terrorisme, cyberattaques…) et par les déclarations de Donald Trump menaçant de désengager les Etats-Unis de l’Otan (Organisation du traité de l’Atlantique Nord) si les membres européens de l’Alliance ne partageaient pas davantage le fardeau financier de la défense du continent.

Pour l’heure, ce projet "d’autonomie stratégique" de l’Union est encore sur les fonts baptismaux. Sur le plan communautaire, le projet de Fonds européen de défense (FED), lancé en juin 2017 et qui doit financer la recherche et le développement de systèmes d’armes complexes au niveau de l’Union, dispose pour des travaux préliminaires de 600 millions d’euros. Mais son financement pourrait grimper à 13 milliards d’euros pour la période 2021-2027, si le projet de budget de l’Union est adopté en l’état après les élections de mai prochain au Parlement européen.

Autonomie stratégique.

Autre mécanisme, entre 25 gouvernements volontaires cette fois, la coopération structurée permanente en matière de défense, lancée en décembre 2017, compte une trentaine de projets (formation, équipement…). Cependant, ces initiatives ne se concrétiseront vraiment que si les pays de l’Union européenne sont d’accord sur les objectifs politiques et stratégiques qu’ils poursuivent.

S’agit-il de défendre d’abord le territoire européen, priorité des pays d’Europe centrale et orientale mais aussi des pays nordiques, tous voisins de la Russie ? Ou de lancer ensemble des opérations extérieures au continent, en Afrique par exemple, comme le réclame la France pour juguler les menaces terroristes ? Surtout, quelle doit être l’autonomie de l’Union face à l’Otan ? Pour beaucoup de pays européens, à commencer par l’Allemagne, l’Alliance atlantique, c’est-à-dire la puissance de feu américaine, nucléaire compris, est encore considérée comme le meilleur garant de leur défense.

Or, à vue humaine, l’Union ne sera pas capable de procurer une assurance comparable. Se passer des Etats-Unis supposerait un coût financier considérable. Et s’il se confirme, le départ du Royaume-Uni, doté de la plus forte armée européenne avec celle de la France, compliquera l’équation d’une "autonomie stratégique" de l’Union.