Ceux qui veulent détricoter l'Europe ont paradoxalement trop confiance dans l'ordre mondial établi. Dans notre contexte actuel, multipolaire et instable, rien ne garantit plus les bases sur lesquelles nous nous sommes appuyés au siècle dernier. Par exemple: les USA pourraient ne pas demeurer incontournables et alliés. Preuve en est depuis la présidence de Donald Trump. 

Quand Trump déclare "Je préférerais ne traiter qu'avec la France. L'Union Européenne est très dure avec nous" (et suggère à Macron de quitter l'UE !) c'est une explication simple et une preuve éclatante de la nécessité de l'UE. Si je faisais campagne pour les prochaines élections européennes, j'utiliserais abondamment cette citation comme punchline pro-européenne. 

Quand la Chine tente (et réussit) des négociations séparées avec chaque membre de l'UE pour étendre ses “Nouvelles routes de la soie”, c'est le même principe éculé: diviser pour mieux régner. 

L'échelon européen est le seul qui puisse être à même de dissuader les mastodontes du 21eme siècle, qu'ils soient étatiques (Chine, USA, Russie) ou privés (Facebook, Google, Amazon). Par exemple, le RGPD a démontré à chacun que l'Europe peut effectivement peser, et façonner son avenir. On aurait rit au nez d'une nation seule si elle avait tenté d'imposer un changement de cette envergure. 

Ces aspects géopolitiques sont primordials, dépassant largement la comptabilité basique des contributions de chacun au budget Européen (dont un des exemples les plus parlant est la désormais fameuse campagne de publicité sur les bus lors du referendum sur le Brexit). Il n'y a que l'Europe qui puisse nous offrir un parapluie assez imposant, solide et stable sur la durée. 

Quelle alternative est crédible ? Certainement pas faire cavalier seul. Au mieux c'est un feu de paille. Au pire, une tragi-comédie monumentale comme le Brexit, pour finir ballotté entre grandes puissances sans empathie et imprévisibles, voire hostiles -- bref, devenir jouet des éléments. 

Permettre l'action à l'échelon européen est donc indispensable. Mais pas suffisant pour réussir -- ou impossible -- selon certains de ses détracteurs. En effet, encore faut-il décider des actions à mener ! Ceci relève de la politique. 

Si permettre des actions à l'échelon européen n'est en effet pas suffisant pour garantir de trouver l'action adéquate, ce n'est pas un argument valable pour défaire l'Europe. Au contraire, il s'agit de s'organiser au mieux pour que la politique (qu'elle soit de droite ou de gauche) puisse enfin faire son travail dans l'Europe du peuple. Distinguons nettement cette dernière de l'approche intergouvernementale et de l'Europe des peuples. L'Europe des peuples, c'est l'Europe des nations: un système qui n'en est pas un, qui a atteint ses limites et qui, de plus en plus, nous porte tort à tous. A contrario, l'Europe du peuple est un système démocratique à l'échelle de notre continent. 

D'autre part: pourquoi la politique serait-elle impossible à ce niveau là ? Ardue, elle l'est. D'accord. Mais tout comme les politiques d'envergure nationales ! Il faudrait enfin enlever le frein à main pour voir vraiment ce qu'on peut faire ensemble, avec une démocratie européenne. Tout porte à croire qu'on peut faire beaucoup, dans tous les domaines clés, allant de l’économie à l’environnement et à la recherche, du social à la défense et à la gestion des migrations. 

Les sommets de l'UE, annoncés à répétition comme "historiques", ne le sont plus: c'est la réalité de tous les jours, et le chaos planétaire qui s'amplifie, avec lesquels il nous faut désormais composer. 

Les élections européennes de mai 2019 sont cruciales pour impulser notre action des 5 prochaines années. Alors votons, tous! Votons pour des bâtisseurs qui ont de la suite dans les idées. Pas pour des détricoteurs passéistes ou l'illusion d'un statu quo.