Un sursaut citoyen exceptionnel et inattendu a traversé l’Europe lors des dernières élections, avec un taux de participation en forte hausse. Il met en lumière le désir profond des Européens de s’impliquer de nouveau dans la construction du projet européen et réaffirme la légitimité des institutions européennes pour mener à bien ce projet. Comme le “réveil de l’Etna”, il peut devenir fondateur de changements majeurs ou la source de désillusions supplémentaires. Ce sursaut citoyen donne aux institutions l'énorme responsabilité de ne pas décevoir les Européens.

Parallèlement, la déflagration du Brexit questionne l’avenir même de la communauté européenne. Pourtant, il a également permis de resserrer les rangs entre les pays membres pour défendre une ligne commune qui n’était pas gagnée d’avance. Plus que jamais, ils se doivent d'être à la hauteur des enjeux globaux qui sont devant eux, comme la lutte contre le changement climatique ou la protection des citoyens et de leurs libertés.

L'année 2020 marque 70ème anniversaire de la Déclaration Schuman. C’est dans ce contexte singulier que sera lancée la Conférence sur l’Avenir de l’Europe, devenant un enjeu d’autant plus important pour tous. Les institutions européennes et les Etats membres sauront-ils se réconcilier entre eux, et avec les citoyens, dans un projet à la hauteur de leurs nouvelles responsabilités ?

ce qui est important, ce n'est, ni d'être optimiste, ni pessimiste, mais d'être déterminé”, soulignait Jean Monnet.

Déterminés. Voici comment les nouveaux leaders de l’UE et les Etats membres doivent aborder ce défi. Tout d’abord, déterminés à conserver l’ambition de refondation de cette Conférence sans se perdre dans des débats internes et des enjeux de pouvoir. Mais surtout, déterminés à engager massivement les citoyens eux-mêmes dans cette démarche, avec authenticité et dans le respect des principes institutionnels.

Sur ce dernier point, la Conférence doit réussir à engager des millions de citoyens dans son processus pour créer un élan populaire et une appropriation citoyenne réelle de la refondation. C’est à cette seule condition que l’Europe sera au rendez-vous de l’espoir né durant les élections. Faute de véritable mise en route, le sursaut démocratique n’aurait été qu’un feu de paille et cet échec pourrait être lourd de conséquence pour l’avenir de l’Union et de ses citoyens.

Cette co-construction avec plusieurs millions de citoyens aux quatre coins de l’Europe est désormais possible mais elle doit dépasser les démarches participatives classiques. La Conférence ne peut se contenter de la participation de quelques personnes sélectionnées. Elle pourrait, au contraire, s'inspirer d’initiatives civiles comme WeEuropeans, qui a permis l’année dernière de solliciter plus de 38 millions de personnes sur l’avenir de l’Europe. Alors que si les discussions restent uniquement présentielles, elles ne concerneraient que 10 000 personnes maximum.

La grande “phase d’écoute” au début de la Conférence, basée sur l’Agenda stratégique de l’UE et les thématiques prioritaires proposées par les institutions européennes, est l’occasion rêvée d’honorer l’exigence citoyenne avec les outils adéquats. Elle peut permettre à des dizaines de millions de citoyens de s’impliquer dans l’inspiration participative de la Conférence sur laquelle les conseils délibératifs vont pouvoir travailler en profondeur pour nourrir les décisions institutionnelles. C’est le seul moyen de légitimer le processus tout entier et de créer un véritable “momentum européen” porté par les citoyens dès le 9 mai 2020 pour répondre aux enjeux de notre siècle.

L'UE est à un tournant majeur, il est désormais vital de donner aux citoyens de l’UE l’opportunité de s'approprier son projet. Soyons tous déterminés !