Idées L’édito de VoxEurop

Amer réveil

Le Brexit est finalement arrivé. Quelle responsabilité ont eu les médias dans cette mésaventure démocratique ?

Publié le 1 février 2020 à 10:09

gp82rndcopyCe 1er février 2020, l'Europe ne s'est pas effondrée, mais le réveil a un goût amer. Le Brexit est finalement arrivé ; le Royaume-Uni ne fait plus partie de l'Union européenne. Pendant les quelque 43 mois qui se sont écoulés depuis le référendum par lequel une (étroite) majorité des Britanniques a choisi de couper les ponts avec l'Union, quasiment tout a été dit sur le sujet, sur ses causes, son impact et ses conséquences, y compris dans nos pages.

Nous n’allons pas revenir ici sur la campagne qui a mené au vote, sur les négociations qui ont suivi ou sur l’incroyable confusion qui a jalonné le parcours de l’accord au sein des institutions britanniques. Reste que, tout en ne contestant pas le résultat du référendum, il nous semble que cette affaire sera digne d’être étudiée à l’avenir comme un cas d’école de manquements de la démocratie et, pour la partie qui nous intéresse, d’échec des médias nationaux à remplir l’un de leurs rôles essentiels : fournir aux citoyens les outils les aidant à faire des choix informés.

Si l’on ne peut (quoique) reprocher aux responsables politiques d’utiliser toutes les ficelles dont ils disposent pour convaincre les électeurs, les médias se doivent de les dénoncer lorsqu’ils trompent les citoyens, et d’établir ou de rétablir les faits. Or les débats et les discussions sur le Brexit avant et après le référendum ont révélé une ignorance diffuse et profonde quant à la manière dont l’Europe fonctionne et à ses missions – et cela, pas uniquement chez les premiers intéressés, les Britanniques.

Les partisans du “Leave” ont ainsi eu beau jeu de convaincre une opinion publique nourrie pendant des décennies à un eurobashing parfois assez primaire. Une tâche d’autant plus facile que la presse, lorsqu’elle n’était pas acquise à leur cause, avait du mal à se faire entendre, ou ne parvenait pas, faute souvent des outils nécessaires, à dénoncer des contre-vérités crasses.

Les leçons à tirer de cette affaire pour ce qui nous intéresse paraîtraient banales si elles n’étaient dramatiquement urgentes : pour opposer à l’affabulation la vérité incontestable des faits, les journalistes doivent les maîtriser, ces faits. Or, les journalistes capables de raconter et d’expliquer l’Europe et l’Union européenne sont encore, faute de formation et d’expertise, trop peu nombreux, et les rédactions accordent, par désinvolture, ignorance ou préjugé, trop peu d’importance aux actualités européennes. Résultat : les politiques peu scrupuleux ont le champ libre et, faute d’avoir accès à une information correcte et exhaustive, les citoyens sont à la merci des clichés, de la désinformation, des bulles de filtre et des manipulations.

Tout comme les Britanniques, les citoyens européens ont droit à travers la presse à une information de qualité et honnête – ce qui n’est pas pour autant synonyme de neutre – qui les rapproche entre eux et de leurs institutions communes, y compris si et quand ces dernières doivent être critiquées et interrogées. C’est la condition essentielle pour l’établissement d’une réelle démocratie européenne et d’un espace public commun, et c’est pour cela que, avec de nombreux partenaires et acteurs de par l’Europe, nous resterons plus que jamais vigilants et mobilisés.

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