"A Rome aussi, il y a un juge", se félicite Il Manifesto. Pour le quotidien de gauche, "le rejet de la Loi Alfano rend aux citoyens italiens le droit de se reconnaître dans un des principes fondamentaux de la Constitution : tous les citoyens sont égaux face à la loi". Promue à la va-vite par le ministre de la justice Angelino Alfano, de la Ligue du Nord, en juillet 2008, et rédigée expressément pour le président du Conseil, la loi viole l'article 3 de la Constitution qui garantit l'égalité des citoyens face à la loi, ont estimé les juges de la Cour constitutionnelle par 9 voix contre 6.

"La Cour ne s'est pas laissée intimider", titre Il Fatto Quotidiano qui remercie ces juges "qui ont dit 'basta' à l'impunité d''un seul homme". Le tout nouveau quotidien d'opposition ne se fait pas d'illusion, le rejet de la loi ne signifie la fin du berlusconisme. Il Fatto salue néanmoins le fait que l'événement "établit une ligne de démarcation" entre l’Italie de Berlusconi et celle qui dit "basta". Le directeur de la Repubblica, Ezio Mauro, célèbre quant à lui "la force de la démocratie" et voit dans le verdict le couronnement d'une longue bataille dans laquelle son journal a été en première ligne.

La théorie du complot politico-judicaire

Du côté de la presse proche du chef du gouvernement, la décision de la Cour est violemment critiquée. "Tout s'est déroulé comme prévu. L'opération qui doit broyer le Cavaliere bat son plein", estime notamment Libero. "Berlusconi devra dorénavant se défendre contre ses procès (…), en plus des ragots et des 'braquages' judiciaires (...). Les juges constitutionnels ne sont pas l'arbitre impartial voulu par les pères fondateurs de la Constitution, mais les éléments actifs de la bataille politique".

Depuis sa première accession au pouvoir, en 1994, le leader italien n'a cessé de se dire victime de complots répétés de la gauche et des "toges rouges", rappelle The Economist. "La faiblesse (mais aussi la force) de la théorie du complot est qu'elle s'auto-alimente. Plus le Premier ministre est poursuivi, plus il semble persécuté". Or, explique l'hebdomadaire londonien, le problème est que beaucoup d'Italiens y croient, parce qu'eux même doutent de la fiabilité de l'institution judiciaire, "dont l'impartialité est un élément essentiel du bon fonctionnement de toute démocratie".

Le début de la fin ?

"A présent, Silvio Berlusconi doit affronter la phase la plus difficile de sa longue carrière politique", estime Il Sole 24 Ore. L'image d'un Premier ministre devant se présenter dans les différents tribunaux est terrible sur le plan interne et international. "Berlusconi peut-il encore gouverner sa coalition à partir de cette position de faiblesse croissante ? Nul ne le sait pour le moment. Ce qui est certain, c'est que la droite a le devoir de gouverner parce qu'elle dispose d'une vaste majorité." Mais n'aurait-elle pas intérêt à trouver un autre leader capable de faire "baisser la tension du pays ?", s'interroge le quotidien économique.

"Le pire est à venir", prédit La Repubblica. "Silvio Berlusconi (…) est conscient d'avoir épuisé politiquement la force de sa majorité parlementaire dans ses scandales sexuels qui ont émaillé l'été et il sait que son système ne produit plus de politique depuis des mois, prisonnier qu'il est de ses mensonges. Son avenir dépendra de sa capacité à assumer ses responsabilités face à la justice, au Parlement, à l'opinion publique".

"Berlusconi ne risque pas grand chose à long terme"

Le Corriere della Sera est plus sceptique. "Berlusconi ne risque rien et pas grand-chose à long terme", car "la prescription interviendra bien avant que les procès ne parviennent à la Cour de cassation". Dans le procès le plus important, celui qui le voit accusé d'avoir corrompu l'avocat britannique David Mills afin qu'il prête un faux témoignage en sa faveur dans une affaire de faux bilans, "la partie concernant Berlusconi devra recommencer depuis le début et il y a fort à croire qu'il ne se terminera pas avant la prescription, dans un an et demi", explique le quotidien milanais.

Dans une interview publiée dans le quotidien Trouw, la députée des Verts néerlandais Judith Sargentini plaide pour une action commune européenne en faveur de la liberté de la presse en Italie. Elle souhaite que le Conseil européen applique l’article 7 du traité de Maastricht, qui permet de suspendre les droits d’un Etat-membre si celui-ci ne respecte pas les droits fondamentaux de ses citoyens. Elle plaide également pour une directive européenne sur la concentration médiatique, idée actuellement en débat au Parlement. Au sein de l’UE, "on parle beaucoup de valeurs européennes. La liberté de la presse en fait partie, c’est une des conditions de base pour la démocratie".