La tâche s’annonce rude. José Manuel Barroso doit présenter une Commission flambant neuf début 2010. Mais, constate le Handelsblatt, il ne connaît ni la taille de son institution, ni le nom des candidats, en raison des incertitudes qui pèsent sur la ratification du trait de Lisbonne. De plus, il doit trouver du travail pour tout le monde, c'est-à-dire, pour vingt-sept commissaires si le traité entre en vigueur à temps. "Il n'y a pourtant pas suffisamment de travail à Bruxelles pour en occuper vingt-sept", remarque le quotidien économique allemand. Le problème n'est pas nouveau. La preuve en est "le roumain Leonard Orban [qui] s’occupe du multilinguisme dans l'UE, ce qui a fait de lui la risée du Bruxelles politique".

Pour régler le problème, Barroso a décidé de redessiner la Commission et de créer "de nouveaux portefeuilles qui reflètent mieux les défis du futur", explique le Handelsblatt. Il a déjà annoncé l’arrivée d’un commissaire à la Protection du climat pour contrôler la réduction des émissions de CO2 en Europe et d’un commissaire aux Droits fondamentaux pour veiller sur les valeurs démocratiques. Il envisage également de créer un commissaire à l'Innovation chargé de la commercialisation des résultats de la recherche européenne, et un commissaire aux Services financiers. Quatre dossiers "dont personne ne conteste la légitimité", juge le quotidien.

Le redécoupage fera des malheureux

Mais ce redécoupage fera quelques malheureux, comme la Direction générale "marché intérieur". Le commissaire au Marché intérieur pourrait être également affaibli dans la nouvelle Commission. "Malgré tout, le poste est convoité comme jamais auparavant", s'étonne le Handelsblatt en notant que la France et l'Allemagne manifestent leur intérêt. Même chose en ce qui concerne la Concurrence, actuellement entre les mains de Neelie Kroes. Le portefeuille a de nombreux prétendants, "même si ses réels pouvoirs en 2010 sont loin d'être définis".

Pour évaluer l’importance d’un poste, il suffit peut-être de compter les cadeaux reçus par les commissaires sortants ces dernières années. C’est l’exercice auquel s’est livré Hospodářské Noviny. A ce jeu, la gagnante est justement Neelie Kroes qui a reçu 33 cadeaux. Le quotidien économique tchèque publie une liste publiquement accessible des cadeaux évalués à plus de 150 euros offert aux commissaires pendant leur mandat. En cinq ans, les membres de l’équipe Barroso ont reçu 249 cadeaux officiels. Une générosité dont la provenance reste bien souvent inconnue, remarque Hospodářské Noviny.

Porcelaine, vase et chaîne hifi

Les cadeaux sont souvent assez bizarres, note le journal. Neelie Kroes a ainsi reçu en majorité "des livres spécialisés ou un DVD intitulé Le Droit européen de la Concurrence". "Les donateurs ont probablement supposé que la commissaire est une lectrice passionnée de littérature européenne spécialisée ou bien qu’elle a besoin d’être éduquée sur le sujet", note Hospodářské Noviny.

Dans la marée de porcelaines, de vases, de statuettes et de livres, le commissaire à l’Industrie Günter Verheugen peut avoir le sentiment d’être favorisé. Il a reçu officiellement "des cadeaux plutôt pratiques comme des téléphones portables, une télévision ou un chaîne hifi avec des enceintes".

Tout le monde n'est pas servi

L’Elargissement, l’Agriculture, l’Energie et la Stratégie de communication sont également des portefeuilles qui attirent les bienfaiteurs, note encore Hospodářské Noviny. Trois commissaires, que le journal ne nomme pas, n‘ont quant à eux rien reçu pendant leur mandat. Le commissaire aux Affaires sociales Vladimír Špidla, aurait peut-être aimé en l’un d’eux, lui qui a reçu un vélo d’appartement dans le cadre d’une campagne "Ne pense pas qu'au sexe".

Mais les donateurs ne se trompent pas toujours de cible : celui qui a reçu le plus de tableaux, vases ou cravates est le chef, José Manuel Barroso, heureux destinataire de 103 objets.