Ce Salon, qui a lieu deux fois par an dans les villes les plus importantes d'Europe centrale et orientale, est l'endroit préféré des pays occidentaux pour recruter des médecins roumains à des tarifs défiant toute concurrence : ils offrent en effet entre 2 000 et 3 000 euros par mois (comme par exemple la plus grande chaîne d'hôpitaux privés d'Allemagne, Asklepios Kliniken), contre 300 euros en Roumanie. En Scandinavie et au Royaume-Uni, des spécialistes peuvent se voir proposer des salaires entre 10 000 et 12 000 euros.

Les agences de recrutement de plus de dix pays européens, mais aussi d'Australie et de Nouvelle-Zélande, ont annoncé leur participation au Salon. Organisé par MediPharm Careers, une société de recrutement polonaise spécialisée dans le personnel médical, avec Hearty Europe LLC (une société américaine spécialisée dans le tourisme médical), en collaboration avec Houston NPA (entreprise roulaine de communication), il se tient les 16 et 17 octobre à Bucarest, dans l'enceinte même de la Faculté de médecine Carol Davila.

Ce sera l'occasion pour des pays en manque de personnel médical, comme le Royaume-Uni, l'Irlande, le Danemark, la Norvège, la Suède, les Pays-Bas, l'Autriche, la France, Malte ou l'Espagne, de recruter des médecins roumains avec de l'expérience, mais aussi des internes. Parmi les spécialisations médicales les plus recherchées : l'anesthésie, la médecine d'urgence, la psychiatrie, la chirurgie générale et la pédiatrie. "La nouveauté de ce salon est la participation directe des employeurs étrangers, et non seulement des agences de recrutement", explique Simona Oprea, représentant de Houston NPA. Les 23 et 24 octobre, le Salon se déplacera à Cluj-Napoca, à la Faculté de médecine de l'Université Iuliu Haţieganu.

Manque des moyens, baisse de motivation

Mihai Lesaru, 30 ans, est médecin radiologue à l'hôpital Fundeni de Bucarest. Après plusieurs mois de spécialisation en France et en Suisse, il est revenu en Roumanie pour mettre en pratique ce qu'il avait appris. "A l'étranger on prend conscience de sa propre valeur", explique-t-il, avant de recommander aux jeunes d'aller à l'étranger, principalement pour l'expérience : "en Suisse, un médecin en internat gagne entre 3 000 et 6 000 euros et en France, entre 2 000 et 3 000 euros. Mais il ne s'agit pas seulement d'argent. C'est aussi une question d'équipement et de confort de travail."

Pour Mihai Lesaru, les problèmes sont apparus une fois de retour en Roumanie : "Je suis revenu au pays avec tout mon enthousiasme, dans l'idée de construire quelque chose. Mais je me suis heurté à des problèmes qui sapent le fondement de la profession J'ai appris à mes dépens que dans des hôpitaux renommés, tels que Fundeni, à Bucarest, on peut rencontrer des problèmes banals comme le manque de fournitures sanitaires ou d'anesthésiants. J'ai peur de penser à ce qui se passe dans les petits hôpitaux du pays".

Les hôpitaux roumains sous-équipés

Alors que les médecins roumains quittent le pays, attirés par les sirènes de l'Ouest, le système médical roumain est en pleine hémorragie. Dans de nombreux hôpitaux les appareils chirurgicaux manquent, de même que les médicaments et le matériel sanitaire. Il ne reste souvent en stock que des compresses, de l'alcool à désinfecter et de l'iode. Les médecins paient de leur propre poche pour acheter des fournitures médicales. Les patients admis doivent souvent acheter eux-mêmes les médicaments dont ils ont besoin à l'hôpital. En Roumanie il existe des cliniques de gynécologie où les patientes sont internées dans des salons aux murs fissurés, et où moisissures, cafards et toilettes hors-service sont monnaie courante.

A Cluj-Napoca, à l'ouest du pays, les interventions chirurgicales prévues à l'hôpital départemental ont été annulées, faute de fonds. La direction explique ne plus avoir d'argent pour assurer des stocks suffisants de matériel médical. L'unité a accumulé des dettes d'une valeur de 14,5 millions de lei (environ 3 millions d’euros).