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Simple coïncidence ou reflet fidèle de notre monde, les deux derniers camouflets électoraux en Espagne, en 2005 et probablement, dimanche prochain, étaient indissociables d’évènements internationaux (les attentats d’Atocha et l’aggravation de la crise de l’euro) preuve s’il en est de l’imbrication dramatique des affaires intérieures et internationales.

Aujourd'hui, comme en 2004, les défis sécuritaires auxquels sont confrontés les citoyens – qui sont bien sûr de différente ampleur : sécurité physique alors, sécurité économique aujourd'hui – sont autant à l'intérieur qu'à l'extérieur de nos frontières.

Si l’on veut restaurer la crédibilité internationale de l’Espagne et faire du pays l’un des chefs de file du leadership européen, il faudra reprendre le chemin de la croissance, créer des emplois de qualité et améliorer notre productivité ; c’est-à-dire corriger les erreurs du passé. Mais une chose est sûre, les sacrifices engendrés par les coupes budgétaires et les réformes structurelles risquent d’être inutiles s’ils ne s’accompagnent pas de décisions européennes plus profondes.

Si les sondages disent vrai, l’Espagne est sur le point de changer de gouvernement comme les quatre autres pays du sud qui souffrent de graves difficultés financières. Les trajectoires des uns et des autres sont pourtant différentes : du Portugal renfloué mais relativement stable à la Grèce renflouée mais toujours instable en passant par une Italie en liberté conditionnelle, sous tutelle technocrate et avec obligation de passer devant le juge régulièrement, et l’Espagne dont les importantes réformes consenties s’avèrent insuffisante ou ignorées par les marchés.

Les gouvernements du Sud ont déjà joué leurs cartes

Les gouvernements du sud de l’Europe ont déjà joué toutes leurs cartes ou presque : coupes budgétaires, austérité, gouvernements de technocrates, et il ne leur reste plus grand chose à offrir. En outre l’accueil glacial des marchés aux nouveaux gouvernements technocrates de Grèce et d’Italie ajouté au taux record de l’emprunt imposé à l’Espagne, sont bien la preuve que les solutions à la crise doivent se trouver davantage à l'extérieur qu'à l'intérieur de nos frontières.

Les marchés ont apparemment déjà pris en compte les réformes réalisées sur le plan national, c’est-à-dire que les réformes, et les sacrifices consentis, sont désormais considérés comme acquis et ils sont désormais parvenus à une conclusion qui échappe encore aux dirigeants européens : que la crise ne pourra être résolue tant que l’Allemagne et la Banque Centrale Européenne ne seront pas disposées à renflouer les pays en crise en dernier ressort. Voilà les déductions auxquelles on a pu parvenir ces derniers jours.

La chancelière allemande, Angela Merkel, l’a déjà répété à plusieurs reprises, et cette semaine encore, "si l’euro sombre c’est toute l’Europe qui sombre". Et elle a ajouté que "l’Europe vivait ses heures les plus difficiles depuis la Seconde Guerre mondiale." Certains opérateurs financiers soupçonnent Angela Merkel de bluffer.

Et ils n’ont pas peut-être pas tort. Tout en haussant le ton dramatique de ses grandes déclarations sur l’avenir de l’Europe et la Seconde Guerre mondiale, Merkel refuse de revenir sur deux éléments qui minent la crédibilité de ses paroles : premièrement, elle continue à marteler que le traité de Lisbonne interdit l’achat de la dette des Etats par la BCE, et deuxièmement que l’émission d’euro-obligations n’est en aucune façon la solution. Or, maintenant que la volonté de réforme de l'Europe du Sud a été testée (avec succès), c'est désormais à l'Allemagne de prouver son engagement.

L'heure de vérité s'est déroulée la semaine dernière, à Athènes et à Rome, lorsque Berlusconi et Papandréou ont été contraints de dévoiler leur jeu. Aujourd’hui c’est au tour de Berlin de jouer cartes sur table.