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L’Europe bouge. Le “Merk” du pacte “d’austérité” de Merkozy est sur le point de perdre son train arrière. D’autres enthousiastes de l’austérité, conservateurs ou technocrates, se débattent pour que leur véhicule hybride ne quitte pas la route. Mais leur conduite anarchique rend malade les passagers sur la banquette arrière, l’Espagne, l’Italie, le Portugal et la Grèce. Même des copilotes comme les Néerlandais, qui s’étaient emportés contre une réduction de la dette des financiers privés en Grèce, ont du mal à ne pas déraper chez eux, où les routes devraient pourtant être meilleures. Le 23 avril, leur gouvernement est tombé.

L’extrême droite est de nouveau en hausse enFrance, où leFront national, dont l’image a été rendue plus inoffensive par la fille de son fondateur, a obtenu son meilleur résultat. Le score du Front ne cesse de progresser, mais en 2007, Sarkozy avait réussi à détourner une grande partie de ses voix. Il les a désormais perdues, et s’il veut les récupérer d’ici deux semaines, il va de nouveau devoir jouer les brutes. De toute façon, le président sortant perd de plus en plus de son attrait pour Merkel.

Une berline électrique

Et tandis qu’elle lutte contre la montre pour verrouiller les mesures d’austérité dans les lois, les institutions et le pouvoir exécutif de l’UE, certains membres clés de l’Union, eux, appliquent une politique qui va dans la direction opposée. Que ce soit par les extrêmes ou le centre, par la gauche ou par la droite, le message populaire reste le même : l’austérité voulue par les Allemands empiète sur notre souveraineté, saccage les perspectives d’avenir de notre jeunesse, et — dans le cas des orateurs du centre et de la gauche — favorise l’ascension de la droite néofasciste.

Avec Merkollande, l’engin sera fort différent, une berline électrique, silencieuse et moins clinquante. Mais elle n’existe pas encore, pas même à l’état de prototype, et la batterie risque de poser problème. Nicolas Sarkozy n’a pas accepté l’offre d’Angela Merkel de faire campagne pour lui, et du côté de la chancellerie allemande, le soulagement est aujourd’hui manifeste. Si Sarkozy, connu en Allemagne pour être source de divisions et de polarisation, a tout intérêt à dramatiser le choix auquel est confronté l’électorat français avant le second tour, Merkel, elle-même à l’aube d’une importante échéance électorale, a peut-être des objectifs politiques différents.

Défendre la cause du stimulus

Dans les rangs du SPD, la formation sociale-démocrate allemande, le programme en 60 points de Hollande suscite des réactions mitigées. Certains ténors, comme l’ancien ministre des Finances Peer Steinbrück, ont estimé qu’il était naïf de la part de Hollande de réclamer une renégociation du pacte d’austérité. D’autres, comme le chef du parti Sigmar Gabriel, approuvent la volonté de Hollande de sortir de la crise de la dette de la zone euro en encourageant la croissance. Ensemble, ont-ils déclaré dans une interview commune, ils peuvent faire “bouger les choses”.

Merkel, pragmatique avant tout, pourrait bien finir par bouger avec eux. On ne cesse de nous répéter pourquoi les Allemands devraient injecter leur bon argent durement gagné dans les finances toxiques de l’Europe du Sud afin de les sauver. L’argument contraire, à savoir que si le marché unique échoue, il entraînera dans sa chute son principal fournisseur, est rarement évoqué avec autant de force. Mais quand ce sera le cas, Merkel s’orientera dans le sens du vent. A ses yeux, une seule question compte, celle de savoir si elle dispose d’une majorité. Cet animal politique à la prudence proverbiale ira là où sa majorité la poussera.

Qui a foi dans le projet européen devrait prendre à cœur le message du premier tour. Persistez à imposer un programme économique qui rogne sur la souveraineté, condamne les jeunes à un fort taux de chômage et oriente l’Europe vers une décennie de stagnation, et vous détruirez toute confiance dans la solidarité sociale, ce socle sur lequel repose l’Union. Sur le plan économique, il reste certes à défendre la cause du stimulus, qui risque d’attiser l’inflation. Mais sur le plan politique, c’est une évidence.