Elevage : TOUT est bon dans le cochon !

Photo: Stockbyte
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22 février 2010 – De Morgen (Bruxelles)

Les éleveurs s'en passeraient, les porcelets encore plus : cruelle et douloureuse, la castration des cochons ne sert qu'à satisfaire les caprices des consommateurs allemands. Voilà pourquoi il faut l'interdire, s'insurge le célèbre poète et écrivain flamand Dimitri Verhulst.

Avant même qu’il ait pu tirer quelque plaisir de ses couilles, un cochon se retrouve castré. De toute façon, il n'aurait pas pu tirer un grand profit de ses testicules, vu qu’il est envoyé à l’abattoir dès l’âge de six mois, alors qu'il pourrait facilement vivre une douzaine d’années. À moins bien sûr qu’il ne parvienne à se frayer un chemin à travers toutes sortes d’obscurs critères de sélection pour se voir accorder, en qualité de donneur de sperme, un délai de grâce. Il remplit un pot en plastique au lieu d'atterrir dans la marmite en somme. Mais pour tous les autres porcelets, le verdict est implacable. Et parce qu’un malheur n’arrive jamais seul et que la viande doit être écoulée aux moindres frais, la chose se fait généralement sans anesthésie. Le porcelet est alors suspendu la tête en bas, et tandis que l'éleveur extirpe avec deux doigts les couilles tout juste descendues de leur poche, l’animal hurle à en faire éclater le crâne de son bourreau. C’est pourquoi les éleveurs, qui ne sont pas fous, ne s’attellent jamais à cette tâche sans porter un casque anti-bruit.

Il faut reconnaître que de temps en temps, le castrat rose suscite une certaine commisération et se voit, pour son émasculation, tout de même anesthésié. Avec du CO2 qui lui brûle ses poumons. Ou bien il peut, comme on dit, se faire immunocastrer au moyen d’une piqûre d’Improvac dans le gras de la cuisse. Mais cette dernière possibilité coûte cher et en plus, on ne connaît pas encore les effets à long terme de ce cocktail hormonal sur la santé du consommateur.

Ce martyre est dû au fait qu’environ 1% de la viande provenant de cochons mâles, les verrats, dégage, lors de la cuisson, une odeur désagréable. Ce sont surtout les Allemands, ces sacrés carnivores, qui ont une foutue crainte de la viande qui sentirait ou goûterait trop la viande. Ils rêvent presque que les cochons viennent au monde sans couilles. Chez nos voisins orientaux, les porcelets non castrés ne sont donc pas admis. Et étant donné qu’une sérieuse quantité de notre cheptel porcin finit en escalope allemande ou dans une baraque à saucisses germanique, ceci signifie que les cloches de nos cochons belges ne risquent pas de sonner puisque, quelques jours après la naissance, elles finissent dans un seau. Et c’est désolant, un seau plein de testicules visqueux encore chauds. Ces souffrances sont complètement inutiles.

La balle est dans le camp de la grande distribution

La viande de porc a un but dans la vie : la fricadelle, ces abats pressés – miam miam, la spéciale, avec des oignons, du ketchup et de la mayonnaise !, surtout après une bière de trop et avec une divine portion de frites. Habitués des baraques à frites que nous sommes, on peut difficilement prétendre que la viande "odorante" n'ait pas de débouchés. Nous sommes bien capables de manger des poussins broyés puis macérés dans la merde (salade de poulet) ! Alors ? De plus, cette odeur typique de verrat disparaît complètement dès que la viande est cuite, transformée en jambon. Plus rien. Niente. On ne goûte pas la différence, et on ne la sent pas non plus. Vraiment, il n’y a aucune raison valable de supprimer aux cochons leur jeu de boules. Ce n'est ni économique, ni gastronomique et encore moins éthique.

On n’a pas besoin d’être végétarien pour savoir apprécier l’importance du bien-être des animaux mais c’est un marché qui perd de vue l'aristocratie de la viande : les carnivores qui apprécient que leurs repas ne soient pas précédés par des pratiques barbares. Des hommes qui aiment bien manger un bon rôti de temps en temps, mais seulement en y mettant la manière. Mais on peut difficilement acheter ce qui n’est pas en vente. La balle est dans le camp de la grande distribution. Aux Pays-Bas, les chaînes Aldi, Lidl et McDonalds – eh oui, même ce maudit McDonalds – ont arrêté de stocker et de vendre de la viande de porcelets castrés. Albert Heijn, leader du marché néerlandais, suivra leur exemple à partir de 2011. Rien que comme ça, chaque année un million et demi de varrons pourront être des cochons à part entière. Et les éleveurs sont ravis d’être enfin débarrassés de cette castration inutile, chronophage et horrible. Ainsi, une seule et même mesure assure une meilleure vie au fermier et à l’animal. C’est une mesure rare mais elle existe. Et si quelqu’un ose prendre le devant, elle finira aussi par exister en Belgique.

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