"Tous les ans, j’étudie les familles royales de huit pays: le Royaume-Uni, les Pays-Bas, le Danemark, la Belgique, l’Espagne, la Suède, le Luxembourg et la Norvège. Et chaque année, elles perçoivent un peu plus d'argent public"– assure Herman Matthijs de l'Université libre de Bruxelles. Ses dernières recherches démontrent que la plus coûteuse est la monarchie britannique, qui encaisse annuellement quelque 49 millions d’euros du Trésor britannique. La seconde place est occupée par la famille royale néerlandaiseavec la somme de 40 millions d’euros. Les têtes royales d'Espagne et du Luxembourg restent, quant à elles, loin derrière se contentant d’environ 9 millions d'euros. Les commentateurs expliquent que, sans l'argent public, les familles royales ne pourraient pas assurer les coûts générés par la sécurité, l'entretien des palais et les voyages à l'étranger. Est-ce vraiment le cas ? On l’ignore, tant le secret qui entoure les fortunes des monarques est bien gardé. Aucun d'eux ne veut révéler l’état de son patrimoine. Et elles ne sont que deux familles, la britannique et la néerlandaise, explique Herman Matthijs, à gérer de manière transparente les fonds reçus par l’Etat.

La fortune du roi des Belges? "Une pure fantaisie"

D’où le tollé récemment provoqué en Belgique à l’occasion de la sortie du livre Het verloren geld van de Coburgs, ["L'argent perdu des Cobourg"], révélant que la fortune royale serait cent fois supérieure à celle officiellement déclarée. Le porte-parole du roi Albert II s’est exprimé une seule fois, en 2007, au sujet des biens de la famille royale, en déclarant que la majeure partie du patrimoine du monarque est constituée d’une propriété dans le sud de la France et de 12 millions d’euros. Mais Thierry Debels, l’auteur du livre controversé, affirme que le roi possède également des actions d'une valeur estimée à un milliard d'euros et d'autres richesses que ses ancêtres avaient dérobé dans l'ancienne colonie belge du Congo. Ces révélations seraient "une pure fantaisie", rétorque le porte-parole de la famille royale.

Selon des données non officielles, la majorité des monarchies européennes jouit d’une excellente situation financière. La famille luxembourgeoise possèderait environ 5 milliards d’euros, principalement dans l'immobilier. La famille néerlandaise avec la reine Beatrix, auparavant propriétaire d’un quart des actions de la compagnie pétrolière néerlandaise Royal Dutch / Shell, roule aussi sur l’or. Le roi Harald V de Norvège, apparenté à la famille royale britannique et propriétaire de nombreuses propriétés en Grande-Bretagne, a hérité, pour sa part, d’un patrimoine proprement impressionnant.

Une reine "très économe"

Parmi les crésus, figure aussi la reine Elizabeth II, dont la fortune est estimée à 500 millions d'euros. Un citoyen ordinaire peut considérer que la reine est riche, mais tous les palais et autres propriétés, à l'exception de deux en Ecosse et dans le comté de Norfolk, appartiennent à l'Etat. Il en va de même pour la collection de bijoux de la reine. L'argent ne suffit même pas pour rénover le palais de Buckingham, qui commence à tomber en ruine, au point qu’il est dangereux de le longer. La princesse Anne a échappé de peu à une chute de pierres, qui a manqué de lui tomber sur la tête, a confié à Rzeczpospolita, Judy Wade, spécialiste de la famille royale au tabloïde Hello !. Judy Wade souligne que la reine sait pertinemment qu’elle vit aux dépens des contribuables, c’est pourquoi elle est très économe. Certains la qualifient même d’avare. Elle ne jette pas de vêtements. Ceux portés par les enfants vont vers les petits-enfants. Quand le prince Charles a eu le malheur de perdre la laisse du chien lors d'une promenade, la reine l’a obligé à la chercher dans les jardins de palais. Elle a investi aussi en bourse et a vraisemblablement beaucoup perdu dans la crise, commente Judy Wade.

Selon les experts, les patrimoines royaux et principalement ceux à caractère immobilier, ont certainement perdu de leur valeur avec la crise. Le revenu des familles royales, probablement en baisse, est confronté à des coûts d'entretien des domaines royaux restés, eux, inchangés. Il y a quelques mois, les Suédois ont ainsi été choqués d’apprendre que le roi Charles XVI Gustave, pour renflouer ses caisses, a puisé dans les subventions européennes agricoles à hauteur de 190 000 euros par an. Elizabeth II profite elle aussi de ces mêmes subventions.