AvecIveta Radičová, 53 ans, on assiste en Slovaquie, au-delà de la simple lutte pour s’emparer du pouvoir politique, à un combat entre tradition et modernité. C’était déjà le cas lors de la dernière élection présidentielle [en 2009] qui a vu la victoire de Ivan Gašparovič, un archétype de l’homme slovaque, amoureux des voitures, du hockey et de la flûte fujara [l’instrument typique slovaque].

Ancienne professeur de sociologie- elle fut la première femme sociologue de Slovaquie- Iveta Radičová, est aujourd’hui devenue un véritable phénomène de société. A elle seule, elle incarne un nouveau style en politique, présentant l’image d’une femme sensible et cultivée qui refuse les règles brutales de ses rivaux masculins qui ont fait du champ de la politique une zone de guerre. Elle affirme notamment : "préférer quitter la politique plutôt que de devoir abandonner les principes de la politesse". Dans les débats télévisés, elle offre ainsi systématiquement un large sourire à ses adversaires politiques.

Un nouveau langage politique

Ce "principe féminin" s’accompagne d’une appartenance affichée au courant libéral moderne de la pensée politique européenne, qu’il s’agisse de la croyance religieuse ("c’est une affaire privée"), de la question de l’avortement ("j’ai confiance en nos femmes") ou encore de son approche bienveillante des différentes minorités, des gays jusqu’aux Hongrois, en passant par les Roms et les immigrés. Si son ouverture d’esprit est certainement plus qu’un simple calcul politique, elle apprécie toutefois l’attention que lui porte les médias, y compris l’opinion de la presse people. Elle se confie en effet volontiers à eux sur sa blondeur capillaire ("mon coiffeur est excellent"), sur son goût pour les sucreries ("j’en connais autant sur les boîtes de bonbons ou de chocolat que sur les lois"), ou encore sur ses passions. Pour tout cela, la presse people la respecte et la protège.

La popularité de Radičová remonte à 2005. Jusqu’à cette date, elle n’était connue que des cercles intellectuels. Elle avait la réputation d’être une femme d’une intelligence rare dont le passé était sans tâches (en septembre 1989, elle avait appartenu au groupe des 14 sociologues, qui avaient protesté publiquement contre l’arrestation de dissidents slovaques). Après des années de rhétorique néolibérale portée par le gouvernement de Mikuláš Dzurinda [Premier ministre d’octobre 1998 à juillet 2006, ancien leader de la SDKÚ] , Radičová, qui était alors la seule femme du gouvernement, a introduit un autre langage politique : Au lieu de pointer du doigt les abus concernant les prestations sociales, elle s’est mise à parler des pauvres tombés dans la déchéance sans être aucunement fautifs, et de l’obligation qu’avait l’Etat de les aider.

Son modèle: Angela Merkel ou Ségolène Royal?

Au Parlement, Radičová a commis une erreur qui aurait pu lui être fatale. Elle a appuyé sur le bouton de l’appareil de vote à la place d’une collègue de son parti, qui, a-t-elle alors plaidé, se trouvait trop loin de la machine. Les accusations de fraude ont plu de toutes parts et le monde politique et les médias l’ont littéralement taillée en pièces. Elle a donc renoncé à son mandat parlementaire. Et il a bien semblé, au moment où le quotidien SMEannonçait sa mort politique, que sa carrière était bel et bien terminée.

Mais fin janvier, tout a changé. Radičová a annoncé qu’elle se portait candidate à la tête de son parti pour les élections parlementaires, prévues le 12 juin prochain. Elle a gagné les primaires organisées face à Mikoláš Dzurinda. Des sondages récents présagent une victoire de la droite. Auquel cas, Radičová pourrait bien devenir Premier ministre. Radičová prétend que son modèle est Angela Merkel. Mais dans les couloirs de la SDKÚ, on se demande avec effroi s’il ne s’agirait pas plutôt de Ségolène Royal.