Comme tant d’autres hommes politiques et employés municipaux, le maire social-démocrate de Copenhague, Frank Jensen, affirme que les fraudes sociales, qui se banalisent, coûtent chaque année des millions d’euros aux municipalités. Bientôt, les habitants de Copenhague auront donc la possibilité de pointer du doigt les fraudeurs via un site internet lancé par la mairie. Ils pourront y dénoncer leur voisin qui semble toucher une aide sociale tout en travaillant au noir. Ou bien leur voisine de palier qui bénéficie toujours d’allocations de parent isolé alors qu’elle ne vit plus seule. "Je sais bien que c’est une façon de fouiner dans la vie privée des gens. Mais même si la dénonciation ne doit pas être l’élément principal de cette initiative, il nous faut redoubler de vigilance à l’égard de ce fléau social. Il nous coûte en effet très cher chaque année et il est de notre devoir, vis-à-vis des citoyens honnêtes, de mettre un terme aux agissements de ceux qui croient pouvoir tout avoir par l’escroquerie. Or ils sont de plus en plus nombreux”, déclare Frank Jensen.

Au Danemark, les services de délation font donc leur entrée dans les administrations municipales. De plus en plus de communes consacrent une part importante de leur budget à la lutte contre la fraude sociale. Mais le calcul est vite fait : le retour sur investissement est largement garanti. Copenhague espère que ses huit contrôleurs spéciaux feront économiser 18 millions de couronnes à la ville (2,4 millions d’euros). A Horsens, Furesø et Gribskov, de nouveaux contrôleurs ont même été embauchés. Gribskov va jusqu’à inviter les citoyens à joindre une photo du fraudeur – ou à faire référence à son profil sur Facebook. "On peut nous reprocher d’être à la limite de l’éthique, mais n’importe qui peut consulter Facebook”, se défend Anette Larsen, qui supervise les contrôleurs de Gribskov. Elle souligne toutefois, elle aussi, la nécessité de traiter avec beaucoup de prudence les lettres anonymes relatives à la fraude sociale.

Il n’est pas rare que d’ex-victimes de ces délations deviennent à leur tour persécuteurs. Les principaux acteurs du dispositif seront donc les employés municipaux qui peuvent apprendre à déceler la fraude sociale, capter les indices et les bribes d’informations susceptibles de révéler la vérité. Comme par exemple le fait que tel père de famille continue à aller chercher ses enfants dans un jardin d’enfants local situé à plusieurs kilomètres de son lieu de résidence officiel. Dans cet exemple précis, quelques vérifications permettront de savoir si l’homme a déménagé uniquement sur sur le papier. "Il n’est pas prévu que la délation constitue la clef de voûte de notre démarche. Telle n’est pas du tout notre intention. Mais il faut bien reconnaître que nous n’arriverons jamais à élucider certains dossiers sans l’aide de la population", explique Janne Nielsen, responsable des contrôleurs de la commune de Frederikssund. Lorsque les citoyens sont invités à dénoncer toute fraude sociale constatée dans leur entourage, l’Etat de droit est en danger.