Quand l'Union européenne a des problèmes, le gouvernement britannique en a aussi, quelle que soit sa couleur. La crise de l'euro en est un exemple flagrant. En révélant un défaut de conception de la monnaie européenne – l'impossibilité d'imposer une discipline budgétaire à des pays si différents – , cette crise permet au choeur des eurosceptiques zélés de répéter qu'ils "nous l'avaient bien dit". Qui plus est, la solution évidente – une union fiscale plus étroite – pourrait avoir des effets secondaires menaçant la prédominance de la City, ce que les eurosceptiques se sont naturellement empressés de dénoncer.

Le discours de Liam Fox [ancien ministre de la Défense et chef de file eurosceptique] devant les associations de contribuables ce lundi n'était que la dernière d'une série de rebuffades provenant d'une aile du parti conservateur aujourd'hui exaspérée par les contraintes de la coalition et qui tente de faire cause commune avec le parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (Ukip) en pleine résurgence. Des voix de plus en plus nombreuses réclament l'organisation d'un référendum. Reste à savoir sur quoi: la nature de notre relation avec l'Union européenne ou la question d'en sortir? Jusque-là, rien que de très attendu et, il faut bien le dire, décourageant.

Le mauvais message

Le plus désespérant pourtant est de voir avec quel aveuglement David Cameron a mordu à l'hameçon du référendum. Jusqu'à présent, le Premier ministre et le Chancelier de l'Echiquier avaient plus ou moins bien réussi à défendre l'idée que le Royaume-Uni pouvait rester en dehors de la zone euro mais qu'il avait intérêt à ce que la monnaie unique réussisse. Le message n'était pas simple à faire passer mais ce n'était pas non plus le plus compliqué : les difficultés de la zone euro affectent forcément l'économie britannique et un effondrement de l'euro ne pourrait qu'empirer les choses pour le pays. Cameron aurait dû s'en tenir à ce message et ignorer les appels au référendum. Au besoin, il pouvait toujours rejeter la faute sur les libéraux-démocrates.

En donnant l'impression de vouloir discuter avec les partisans d'un référendum – ainsi qu'il l'a fait dans le Sunday Telegraph – , le Premier ministre les incite à se faire de plus en plus bruyants, et non l'inverse. Ces derniers ne pourront pourtant que se détourner de lui quand ils verront que rien n'aura changé. Ce que les eurosceptiques ont retenu de l'article du Premier ministre, c'est qu'il était disposé à organiser un référendum sur l'Europe, même si cette idée était formulée de la manière plus qu'ambiguë. En réalité, il a simplement dit qu'il "n'était pas contre des référendums sur l'Europe", mais il ne s'est pas expressément déclaré en faveur.

Des concessions dangereuses

Le Premier ministre a été plus clair quant à son refus d'organiser un "référendum de sortie de l'UE le plus tôt possible", néanmoins il n'en a pas non plus exclu la possibilité. Résultat, il a semblé vouloir faire renaître les espoirs des partisans d'un référendum seulement quelques jours après les avoir douchés à Bruxelles. Ce faisant, il dégage une impression de faiblesse par rapport à la montée des eurosceptiques et il y ajoute un manque de cohérence politique. Son intervention à la Chambre des Communes mardi n'a guère clarifié la situation.

Le Premier ministre devrait savoir que les concessions accordées à la va-vite aux eurosceptiques peuvent vite revenir le hanter. En honorant sa promesse de faire sortir les conservateurs du bloc de centre-droite au Parlement européen, il a suscité l'incompréhension de ses alliés naturels et réduit l'influence britannique. En soufflant le chaud et le froid sur la question d'un référendum, il ne pourra que semer le doute en Europe à propos de son engagement et celui de son pays. Un Premier ministre jouissant d'une confortable majorité peut s'offrir le luxe de rester à l'écart des factions de son parti, surtout dans une coalition. La crise de l'euro est suffisamment grave pour que David Cameron n'en fasse pas en plus un drame politique intérieur.