Pour la plupart des Tchèques, hommes et femmes confondus, le"chic parisien" est le must en matière d’habillement. Il s’agit d’un terme un peu vague pour qualifier l’élégance classique du style urbain. Les Tchèques se réfèrent à ce modèle de façon plus marquée que les Italiens, les Russes ou les Polonais. Mais en pratique, ils ne le suivent pas vraiment.

Dans une enquête menée il y a trois ans par la société d’étude et de conseil Incoma GfK, auprès de 20 000 personnes dans 19 pays d’Europe et aux Etats-Unis, la République tchèque apparessait comme un pays où la mode n’intéresse personne. Alors que les Roumains et les Russes attachent une grande importance aux chaussures et les Britanniques aux jeans, les Tchèques étaient les moins intéressés par la "branchitude" en ce qui concerne les articles de leur garde-robe et leurs chaussures.

Ce constat n’appelle pas forcément une réaction de mépris. Il suffit d’observer une rue d’une ville tchèque pour s’apercevoir que le scepticisme des spécialistes de la mode, selon lesquels les Tchèques portent en majorité des vêtements bon marché et de mauvaise qualité, est exagéré.

Nous pouvons nous faire une meilleure idée du goût tchèque en considérant d’autres éléments statistiques. Hormis les chaussures, les Tchèques regardent moins sur le prix et plus sur la qualité lorsqu’il s’agit de vêtements de sport qu’ils portent comme des vêtements de tous les jours. "Il est caractéristique chez les Tchèques qu’ils confondent ‘sportswear’ et ‘casual wear’, c’est-à-dire vêtement informel ".

Avec une bonne dose d’exagération, voilà quelle pourrait être la réponse à la question : comment s’habille le Tchèque moyen ? Soit il fait ses courses à bon compte dans les marchés de type vietnamien, soit il achète des vêtements de marque chers. Toujours est-il qu’il porte avant tout des "survêtements" ou des vêtements de sport confortables. Les étrangers ne disent-ils pas d’ailleurs parfois de tous les Tchèques dans la rue qu’ils leur donnent l’impression de se préparer à une randonnée en montagne ?

Les spécialistes du domaine et les sociologues donnent une explication principale à ce phénomène. En République tchèque, le fait d’être bien habillé ne constitue pas un élément essentiel de l’appartenance culturelle ou du statut social. Cela vaut également pour l’ameublement intérieur ou la nourriture. Le prix reste l’élément déterminant, tandis que la qualité n’a pas une grande importance.

Josef Ťapťuch explique cela par le caractère fermé de la société tchèque, la vie des gens se concentrant avant tout sur le cercle familial. "Les Italiens ou les Français vivent à l’extérieur, les Tchèques sont différents", affirme le designer. "Nous passons notre temps avant tout à la maison ou dans nos chalets. De plus, notre hiérarchie des valeurs est différente. Le besoin d’être vu et de se montrer n’est pas très important."

Pour la minorité de gens qui évitent les marchés vietnamiens et les marques de vêtements de sport, des choses intéressantes qui se passent ici. De plus en plus de manifestations présentant les créations de la mode tchèque sont organisées. C’est le cas par exemple de Designsupermarket ou de CodeMode (Prague Free Fashion Weekend). Cette dernière s’est tenue le deuxième week-end d’avril. Après des débuts très discrets il y a quatre ans, une centaine de créateurs et de designers étaient présents. "L’intérêt de la part des créateurs est gigantesque", affirme une des organisatrices Veronika Pacíková.

De plus en plus de gens n’hésitent plus à dépenser des sommes astronomiques pour des produits de luxe. "La mode est véritablement un phénomène culturel. Elle commence même à apparaître en République tchèque", déclare Barbora Šťastná, journaliste à Elle, le magasine de mode le plus vendu dans le pays. Les principaux quotidiens se mettent également à proposer des dossiers consacrés à la mode, les blogs sur le sujet sont de plus en plus populaires et les enquêtes sur les personnalités qui s’habillent le mieux se multiplient.

Silvie Lauder