EUROMYTHES (2/10) : Lobbies, la loi des plus nombreux

De Groene Amsterdammer (Amsterdam)

Les groupes de pression sont légion autour des institutions de l’UE. Quel est leur rôle ? Gagnent-t-ils à chaque fois ? Le Groene Amsterdammer se livre à une analyse des rapport de force. Deuxième partie de l’enquête sur les mythes européens.

La question n’est pas de savoir si Bruxelles abrite de nombreux lobbyistes. C’est le cas, tout simplement. La plupart des experts s’accordent sur ce point : 15 à 20 000 lobbyistes sont actifs à Bruxelles. Cela fait beaucoup.

**Pourtant on entend souvent la même réaction : il y en a tout autant à La Haye [siège du gouvernement néerlandais] – simplement, ils agissent dans l’ombre et sont moins visibles. A Bruxelles, au contraire, ils agissent au grand jour. Lobbyistes et groupes d’intérêt sont conviés à participer à la réflexion sur la législation à un stade précoce, en tant qu’experts ; les projets de lois sont ensuite publiés rapidement et soumis à tous pour commentaire. La démarche a de quoi inquiéter, mais elle présente aussi des avantages.

La Commission européenne ne peut être à la fois une petite structure efficace et tout savoir faire elle-même. En d’autres termes : connaître l’industrie et les intervenants extérieurs est indispensable. Sans compter que la Commission européenne s’assure ainsi un solide soutien, un arrière-ban. La participation de divers groupes d’intérêt est donc positive, estiment ses partisans.

On peut cependant se demander si la règle du jeu est la même pour tous, et si ces différents groupes sont mis sur un pied d’égalité : une petite organisation sans ressources peut-elle exercer la même influence qu’une industrie importante avec beaucoup de moyens? Absolument pas, selon les détracteurs du lobbying. “Huit fois sur dix, c’est le plus fortuné qui l’emporte”, affirme Erik Wesselius, de l’Observatoire européen des entreprises. “Il y a tellement d’exemples de rapports qui, à force d’être amendés, ne valent plus rien et auxquels les auteurs finissent par renoncer”. Parmi les exemples, il cite une proposition de signalétique pour l’étiquetage des produits alimentaires : vert pour les produits bons pour la santé, rouge pour ceux qui sont mauvais. Facile et clair pour le consommateur, mais la proposition n’a finalement pas abouti. “Tout simplement à cause de la forte résistance de l’industrie agro-alimentaire”, explique Erik Wesselius.

Dans certains secteurs, l’absence d’équilibre est flagrante. “Citigroup a 40 personnes en poste à Bruxelles”, indique l’ancien lobbyiste Pim van Ballekom, alors que le secteur de la finance compte très peu de “gendarmes” pour faire contrepoids. Même cas de figure dans la grande distribution, la logistique ou l’agro-alimentaire : les rapports de force sont déséquilibrés. En revanche, dans d’autres secteurs, comme l’environnement et les droits de l’homme, les ONG sont fort bien représentées. Quant à Internet, les petits groupes d’actions y sont très efficaces. On a pu le constater récemment avec letraité contre la piraterie [ACTA] : les grandes industries (cinéma, musique) ont mordu la poussière.**

Lire le premier “Euromythe” : “Le déficit démocratique, moins grand qu’on ne le croit”

Traduction : Isabelle Rosselin

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