Le binôme maudit s’appelle Ceauşescu-Băsescu. Un véritable pont temporel, avec deux visages aux extrémités, le dictateur communiste et l’autocrate néo-communiste. Aussi méchant l’un que l’autre. Tout autant disposés à se moquer de leur peuple et même de leurs proches collaborateurs. Bénéficiant bizarrement, de temps à autre, des faveurs de l’Europe de l’Ouest !

En 1946, quand les communistes ont remporté les élections législatives, ils ont monté une opération qui a connu un succès relatif : ils se sont efforcés d’intimider les gens et de les empêcher de voter. Traian Băsescu, avec son parti (le Parti démocrate-libéral, PDL), procède aujourd’hui de la même manière.

Il n’y a pas de geste plus anti-démocratique que d’appeler son propre électorat à ne pas se rendre aux urnes. Et voilà qu’aujourd’hui, l’équipe de Băsescu se rend coupable non seulement de la décision de ne pas participer au vote, mais aussi de la tentative de bloquer le droit à s’exprimer de ceux qui le souhaitent [car le référendum ne sera valable que si plus de la moitié des 18 millions d’électeurs y participent]. La première action est profondément anti-démocratique et elle aurait déjà dû être sanctionnée par nos partenaires euro-atlantiques.

Autre similitude, la tendance à établir une équivalence entre la personne du “conducător” et l’Etat en soi. Le premier aimait à se confondre avec les Carpates et le Danube [Ceauşescu se faisait appeler “Génie des Carpates” et “Danube de la pensée”], et le second avec les mines de Roşia Montana, ce qui prouve que les dictateurs, purs ou cachés, sont avides, avides de pouvoir.

Dans le cas contraire, ils ont recours aux institutions sur lesquelles ils s’appuient. Le premier [Ceauşescu], sur la Securitate, le second [Băsescu], sur les Services secrets, sur des procureurs soumis et sur une justice à genoux. Dans le but d’annihiler leurs adversaires politiques et de faire peur à leur propre camp.

Le parlementarisme n’a aucune valeur, ni pour Ceauşescu ni pour Băsescu. La Grande Assemblée nationale [du temps de Ceauşescu] était une caricature de parlement, et Băsescu a tenté de faire de même avec le Parlement de Roumanie. Idem pour la presse. Le premier l’a censurée, le second a voulu l’ajouter à sa liste des dangers majeurs pour la sécurité nationale, tout en cherchant à compromettre certains journalistes. En les achetant, parfois, avec de l’argent pris sur les fonds publics.

La corruption, nous l’avons connue sous Ceauşescu, et sous Băsescu, avec comme seule différence que maintenant, elle s’est institutionnalisée. Et les grands corrompus sont les plus fidèles soutiens du régime. Raison pour laquelle Băsescu a subordonné politiquement le Ministère public, justement pour protéger ses propres corrompus, en parallèle avec une guerre sans merci contre ses adversaires politiques le texte fait ici allusion à la [condamnation de l’ex-premier ministre Adrian](2217961)[Năstase].

Et finalement, contre des faveurs payées intégralement par les Roumains, aussi bien Ceauşescu que Băsescu ont bénéficié de la protection de Washington, comme de celle accordée par les grandes capitales européennes. Au point que l’un d’entre eux s’était même promenédans la calèche de la Reine d’Angleterre [en 1978]…