Alors qu'en décembre 2009 la Grèce s’approchait déjà du précipice, la prime de risque offerte pour investir dans ce pays – l’écart (ou spread) entre les obligations grecques et allemandes – atteignit les 226 points de base. La méfiance des marchés s’aggravait envers l’économie grecque, qui voyait sans cesse sa note de solvabilité revue à la baisse.

Après avoir dépassé des records ces derniers jours, c’est une prise de risque équivalente [à 233 points le 17 juin] que présente, quelque 6 mois plus tard, l'économie espagnole.

Les mesures prises par le gouvernement de Zapatero sont jugées insuffisantes pour garantir à la fois la viabilité des comptes publics et une vigoureuse sortie de crise. Et de ce fait, ceux que la vice-présidente du gouvernement, María Teresa Fernández de la Vega, a appelés hier les “spéculateurs”, parient sur un dénouement à la grecque. Zapatero finirait ainsi par demander un sauvetage et par accepter de s’en remettre au fonds européen [le Fonds de stabilité européen] monté par les responsables de la zone euro avec le Fonds monétaire international (FMI) pour garantir le remboursement de la dette. La vice-présidente et la ministre de l’Economie, Elena Salgado, l’ont cependant démenti hier, assurant que l’Espagne “était en train de faire ses devoirs”. C’est d'ailleurs en ces termes que le chef du gouvernement qualifie le paquet de mesures avec lequel il arrive aujourd’hui au Conseil européen. Des mesures qui consistent en une diminution accélérée du déficit public qui passe par la baisse des salaires des fonctionnaires et le gel des retraites, une réforme du travail qui, bien que jugée “light” par les chefs d’entreprises et les marchés, représente une grosse contrariété idéologique pour [le socialiste] Zapatero, et enfin le durcissement du système de retraite.

Des mesures impensables il y a six mois

Pour parfaire ces efforts, le gouverneur de la Banque d’Espagne, Miguel Angel Fernández Ordóñez, a donné hier, juste à temps pour le Sommet, le signal qui manquait encore : la Banque d’Espagne juge que la restructuration du système financier est “pratiquement tracée”. Autant de “devoirs” impensables encore il y a six semaines, mais les marchés redoutent les initiatives du chef du gouvernement espagnol, comme sa décision d’aborder la réforme du travail sous la forme d’un projet de loi [approuvé par le conseil des ministres le 16 juin]. Les autorités de la zone euro s’en méfient également. La Commission européenne (qui ne souhaite rien plus ardemment que de pouvoir lancer des fleurs à Madrid pour que les marchés desserrent leur étreinte sur l’Espagne et donc sur l’euro) s’est ainsi vue contrainte de maintenir la pression sur Zapatero en exigeant des mesures supplémentaires d’ajustement.

Pendant ce temps, certains banquiers se demandent s’il ne vaudrait pas mieux réclamer le fonds de sauvetage, aussi dur que soit le changement réclamé en contrepartie, afin que les marchés se rouvrent. Le directeur du FMI Dominique Strauss-Kahn, est attendu le 18 juin à Madrid en “visite de travail” pour prendre connaissance des mesures du gouvernement. L’Espagne n’est certes pas la Grèce, mais la surveillance se durcit.