Les données sur la croissance du PIB ne laissent aucune illusion : le ralentissement est bien là. L'économie polonaise continue son développement, mais la croissance s'est fortement ralentie. De mars à juin le PIB a augmenté de 2,4 %, contre une progression de 3,5 % enregistrée au trimestre prétendent. "La croissance s'est avérée bien inférieure aux attentes", commente Maja Goettig, économiste en chef chez KBC Securities et membre du Conseil économique auprès du Premier ministre.

Pas si vite, diront certains, pas de quoi en faire toute une histoire, après tout l'économie continue son essor. C'est vrai, mais une économie en développement n'est pas régie par les mêmes règles que celle des pays développés. Pour la Pologne, le passage vers une croissance inférieure à 4 % est strictement la même chose qu'une récession pour l'Allemagne. Le ralentissement de la croissance entraîne le chômage, et c'est justement le manque d'emplois, et non pas les données du PIB, qui constitue le signe le plus préoccupant de la crise économique. Pour l'instant, le taux de chômage continue de baisser, avec 12,3 % en juillet, mais c'est un effet purement saisonnier. “A la fin de l'année, il pourrait atteindre 13,5 %", prévoit Maja Goettig.

Hypothèses irréalistes

Le ministère des Finances a débloqué récemment 500 millions de zlotys pour la lutte contre le chômage, mais les prévisions budgétaires pour l'année prochaine restent toujours sous le signe de l'optimisme: le ministre Jacek Rostowski s'attend à une croissance de 2,2 % du PIB, exclut un chômage supérieur à 13%. L'ennui, c'est que le ministre ne maîtrise aucun de ces indicateurs, et les économistes conviennent que ses hypothèses sont irréalistes. "Le ministre des Finances se tâte comme tout le monde, parce qu’aujourd'hui, nul ne connaît ni la durée ni la profondeur de la récession dans la zone euro. Si la croissance de la Pologne s'élève à 2,2 %, le taux de chômage atteindra 15-16 %”, prévoit Piotr Kuczynski, analyste en chef du cabinet d'investissement Xelion.

L'actuel budget de l'UE arrive à son terme, le prochain qui couvrira la période 2014-20 sera probablement moins généreux pour la Pologne, et les nouveaux projets ne débuteront pas avant 2015. Il y a trois ans, nous avons eu de la chance de déboucher sur une montagne d'investissements européens alors que notre économie ralentissait. Selon les calculs du ministère, la contribution de l'Union dans la croissance polonaise en 2013 ne dépassera pas 0,5 point de pourcentage.

Il manquera également le second amortisseur qui est intervenu en 2009, à savoir l'expansion budgétaire pour laquelle avait opté le gouvernement, alors que la récession mondiale réduisait soudainement les recettes fiscales. On a risqué une augmentation du déficit à 7,4 % du PIB, préservant ainsi la croissance. Seulement, au lieu d'une poursuite de la relance, nous nous heurtons aujourd’hui à un ralentissement.

Otage des promesses européennes

Il ne reste donc à l'économie polonaise qu’un troisième bouclier : le taux de change flottant. En 2009, la fuite des capitaux a entraîné une dépréciation du zloty de plus de 30%, favorisant ainsi la compétitivité des exportations polonaises. Aujourd'hui, l'unique outil de sauvetage économique à court terme qu'est le zloty, repose non pas entre les mains du Premier ministre, mais entre celles du président de la NBP (la Banque Nationale de Pologne), Marek Belka, qui a clairement annoncé la prochaine réduction des taux d'intérêt.

Le gouvernement n'a pas les ressources nécessaires pour soutenir véritablement la conjoncture. Cela n'est pas seulement une question d'argent. Le ministre des Finances est surtout l'otage des promesses, faites à la Commission européenne, de ramener le déficit budgétaire à 2,2 % du PIB en 2013. Tout relâchement de la discipline budgétaire servirait de prétexte aux marchés financiers pour revendre des obligations polonaises. Cela augmenterait le coût du service de la dette, et porterait le coup de grâce au budget. Qu'on le veuille ou non, le gouvernement doit appliquer l'austérité, bien connue en Espagne, au Portugal et en Grèce, et la discipline budgétaire va inévitablement prolonger le ralentissement.

Comment retrouver la voie d'une croissance rapide, pour atteindre le seuil minimal de 4% du PIB, en-dessous duquel augmentent le chômage et les difficultés de boucler les finances de l'Etat ? Après 23 années de capitalisme, la Pologne ne peut plus compter uniquement sur ses atouts de compétitivité et se contenter d'un simple rattrapage des pays développés. Nos salaires sont en hausse constante et tôt ou tard, nous perdrons notre statut de lieu de production à faible coût. Les gens intelligents disent qu'il faut bâtir notre propre secteur de production, générateur de plus grands rendements et donc d'un large potentiel de croissance. Nous devons choisir des secteurs industriels dans lesquels les entreprises polonaises se portent bien, et leur offrir un soutien systématique. On doit investir dans l'innovation. Autrement dit, construire un navire solide, plutôt qu'attendre que l'île redevienne verdoyante.

Vers de nouveaux marchés

Parallèlement, nous avons besoin de chercher de nouveaux marchés, pas nécessairement en Extrême-Orient, mais juste derrière la frontière orientale. "La Russie vient d'entrer dans l'OMC, l'Ukraine et la Biélorussie sont de grands marchés où les produits polonais ont une bonne réputation, comme en témoigne l'essor du commerce transfrontalier", rappelle Kuczyński. Mais justement, les relations commerciales avec ces trois pays avec lesquels nous pourrions faire les meilleures affaires, pâtissent d'une politique polonaise fondée sur le respect des valeurs démocratiques, qui s'avère inefficace la plupart du temps. Alors qu'aux yeux de l'Europe Occidentale, la Pologne est toujours un pays de sous-traitants ou un lieu de fabrication, pour l'Europe orientale elle est une économie moderne, la plus proche tant géographiquement que culturellement. Sans l'expansion à l'Est, on ne pourra pas compenser la baisse des exportations vers la zone euro.