Exigé par la France, l'Italie et la Suède – soutenues par la présidence belge de l'Union européenne -, le débat sur l'intégration des Roms en Europe ne trouve pas d'issue, à Bruxelles. Pierre Lellouche, secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes, avait demandé il y a quelques semaines un débat "urgent" sur "un problème réel dont il est temps de s'occuper".

Evoquant les problèmes de délinquance de mineurs, mais aussi de réseaux de prostitution et de trafics d'enfants auxquels est confrontée la France, M. Lellouche avait fustigé les flux de "gens qui ne cherchent pas à s'intégrer", la responsabilité des pays d'origine des Roms (dont 9 millions ont un passeport européen), ou encore la relative inaction de la Commission de Bruxelles qui, soulignait le secrétaire d'Etat, dépense pourtant beaucoup d'argent en vue de leur intégration. La Suède enchaînait en demandant un "plan d'action contraignant" censé répondre à "une situation alarmante".

La Roumanie visée au premier plan

Ces gouvernements visaient aussi certains pays d'origine, accusés de se soustraire à leur devoir d'assistance. Outre la Bulgarie (750 000 Roms, selon les estimations) et la Slovaquie (500 000), c'est la Roumanie – officiellement 537 000 Roms mais, plus vraisemblablement quelque 2 millions – qui a été la cible des critiques. Elle a depuis promis d'agir. Un secrétaire d'Etat chargé des Roms rapatriés a été nommé. Mais, simultanément, Bucarest a protesté contre la destruction de campements en France et le "blâme public" qui lui était adressé.

Il reste que la lenteur de Bucarest dans l'utilisation des fonds européens pour l'aide aux Roms agace. Six programmes, d'un montant total de 9,3 millions d'euros, sont gérés par l'Agence nationale pour les Roms, mais les résultats sont peu visibles. Le sort misérable de cette population la pousse toujours à émigrer. Des projets risquent d'être bloqués à force de retards. "La Commission nous a recommandé de résilier ceux qui n'avancent pas pour éviter de bloquer l'argent, affirme Anca Zevedei, directeur de l'Autorité de gestion des ressources humaines au ministère roumain du travail. La Commission veut aider les Roms et les défavorisés, mais regardez ce qui se passe avec les projets gérés par l'Agence nationale pour les Roms..."

Les associations roms critiquent tant la France que les autorités roumaines. "La Roumanie n'a pas fait son travail, estime Ciprian Necula, chargé du projet 'La Maison des Roms'. L'Etat a permis l'existence des réseaux de trafics d'êtres humains et de prostitution. Il s'est contenté de mettre quelques programmes sur le papier pour faire plaisir aux Européens."

"Gaspillage, voire non-utilisation"

La situation sur place confirme le diagnostic pessimiste quant au gaspillage, voire à la non-utilisation, des fonds européens. En fait, la Roumanie peine à dépenser les 32 milliards d'euros de fonds non remboursables que la Commission lui a réservés de 2007 à 2013, à condition qu'elle en fasse la demande et justifie leur utilisation.

Arbitre du débat sur les Roms, la Commission ne cache pas son malaise. Invitée par la France et d'autres à "agir", elle objecte qu'elle a multiplié les initiatives au cours des dernières années, visant tant à l'intégration qu'à la non-discrimination. Mais "l'intégration ne sera effective qu'avec l'action ciblée des Etats, au niveau national, régional et local", souligne l'exécutif européen.

Quelque 13,3 milliards d'euros auront été dépensés, entre 2007 et 2013, via le Fonds social européen, pour l'intégration des Roms et d'autres groupes dits "vulnérables". En Roumanie et en Hongrie, la moitié des aides reçues vont aux Roms. De l'argent est aussi distribué à divers pays par le Fonds agricole pour le développement rural et, depuis mai, des Etats peuvent faire appel au Fonds européen pour le développement régional en vue d'aider des minorités, dont les Roms, à obtenir plus facilement un logement. Les fonds structurels permettent quant à eux de cofinancer des projets pour la petite enfance, l'éducation ou l'emploi. Enfin, le Parlement européen a alloué 5 millions d'euros pour le lancement d'un projet pilote d'intégration centré sur le microfinancement et l'enseignement.

"Ce n'est pas l'argent qui manque, c'est le bon moyen de l'utiliser", soupire un haut fonctionnaire. En dernier recours, Bruxelles a donc lancé deux études censées identifier les programmes, les projets et les politiques d'intégration qui ont réussi.