Nous en sommes, semble-t-il, à la dernière étape de la saga ennuyeuse, mais extrêmement importante du parcours tortueux vers la ratification du traité de Lisbonne par l’Irlande. Que vont faire de nous nos partenaires européens ? Difficile de ne pas conclure que nous nous sommes donnés en spectacle. Certains d’entre eux doivent nous voir comme un enfant gâté qui, pensaient-ils, était devenu un adulte mûr, intelligent et prospère. Mais qui est retourné en enfance.

Nous avons arraché une "décision" du Conseil européen [le 19 juin], qui établit simplement ce que tout le monde savait déjà : le traité de Lisbonne n’a rien à voir avec l’avortement, n’a aucun impact sur notre système fiscal et ne change rien en ce qui concerne la défense (et la neutralité irlandaise). Dans ce domaine, l’Irlande n'a rien à changer à cause de Lisbonne. Nous ne sommes pas tenus de participer à ce qui ne nous plait pas. Il n’y a pas, et n’y aura pas d’armée européenne, et donc pas de conscription pour une armée qui n’existe pas.

Bien sûr, rien de cela ne changera la position des nonistes qui, quelques minutes après la décision du sommet européen, rétorquaient des arguments en faveur du rejet. L’Union européenne et le gouvernement irlandais "se moquent des médias et de la population", titrait la National Platform [site Internet de recherche et d’information sur les affaires européennes], qui est principalement entre les mains d’un homme, le redoutable Anthony Coughlan. Ces garanties légales ne sont qu’une "manipulation créative destinée à tromper l'opinion", estime Patricia McKenna, qui vient d’échouer à se faire élire comme eurodéputée.

Le camp du non est constitué de groupes disparates qui se recoupent, ce qui laisse penser que tout ce bruit est disproportionné par rapport au nombre de personnes réellement impliquées. Les propos de l’ancienne écologiste Patricia McKenna ont été diffusés par la Pana, la Peace and Neutrality Alliance. Celle-ci, qui se considère comme la gardienne de la neutralité irlandaise, compte 26 affiliés sur son site Internet, parmi lesquels on retrouve la Celtic League, mais également l’Irish El Salvador Support Committee, dont le site internet a été mis à jour pour la dernière fois en 2002. Et quid de l’Ireland Algerian Solidarity Group, qui a dans les rangs de ses sympathisants deux députés irlandais aujourd’hui décédés ? La Pana peut encore compter sur le Cuba Support Group, les Citizens in Defense of Neutrality, le Communist Party of Ireland, l’Irish Missionary Union, les Women in Media and Entertainment, le Sinn Féin et le Green Party.

Voilà où je veux en venir. Les personnes impliquées dans des groupes tels que la Pana sont sans doute très motivées, mais représentent-elles la majorité de la population irlandaise ? Leur vision antieuropéenne sert-elle au mieux les intérêts des Irlandais ? Le temps nous le dira, mais je pense que non. Cette semaine, le ministère des Affaires étrangères va lancer le sitewww.eumatters.ie, dans le cadre de la lutte du gouvernement pour séparer le vrai du faux sur à l’UE. Il était temps.