Le marasme économique perdure dans l’Union européenne, mais le tableau n’est pas entièrement noir. Les pays membres ont récemment affiché une volonté accrue de surmonter certains antagonismes enracinés de longue date.

Ainsi, l’accord conclu fin mai sur la réforme de la politique de la pêche est nettement meilleur et plus volontariste que beaucoup ne craignaient. Si les pays signataires mettent en œuvre les dispositions qu’ils viennent d’accepter, les réserves halieutiques pourraient retrouver des niveaux qui permettront de garantir leur stabilité. Sur ce dossier, l’Europe montre que l’union peut bel et bien être un vecteur d’énergie positive. Aucune autre structure internationale n’aborde la question de la surpêche. Les océans n’étant soumis à aucune réglementation, il est difficile d’empêcher leur exploitation aveugle ailleurs dans le monde.

On finit toujours par s’entendre

La question jusqu’ici brûlante de la restauration de contrôles au frontières entre les pays membres a, elle aussi, trouvé un règlement voilà quelques semaines à Bruxelles. Il y a quelques années de cela, la France et l’Italie avaient tenté de faire passer de nouvelles règles visant à autoriser les Etats membres à réintroduire le contrôle des passeports. Le Danemark réclamait également des contrôles permanents sur le pont de l’Øresund [reliant le Danemark à la Suède].

La commissaire européenne – d’origine suédoise – Cecilia Malmström s’est opposée à ces velléités de restreindre la mobilité des citoyens et vient de faire prévaloir son point de vue. Le règlement a été précisé et prévoit même de limiter la possibilité pour les pays membres d’établir des contrôles aux frontières de leur propre chef.

En matière de politique d’asile également, les Etats membres ont fini par trouver un terrain d’entente. Les négociations ont traîné pendant des années, marquées par de profondes dissensions et, voilà encore un an, rares étaient ceux qui croyaient à un accord. Or, au printemps dernier, les divergences se sont subitement muées en convergences.

Le 12 juin, le Parlement européen devait se prononcer sur la batterie de projets de lois prévus par l’accord, qui portent notamment sur le durcissement des règles à observer en matière d’accueil des réfugiés et d’examen des demandes d’asile. Selon Cecilia Malmström, une introduction de ces nouvelles dispositions dans l’ensemble des pays membres se traduirait par une amélioration générale des pratiques. Bien sûr, on n’y est pas encore tout à fait. Sans compter que toutes les dispositions de l’accord ne méritent pas de louanges. L’enregistrement des empreintes digitales des demandeurs d’asile dans une base de données commune appelée Eurodac implique une gestion centralisée et une surveillance des personnes qui vont trop loin.

Soudaine inclination au compromis

Néanmoins, les accords sur la pêche, les frontières et la politique d’asile vont dans la bonne direction. Voilà quelques jours, la Cour européenne de justice a par ailleurs estimé que, selon les termes du Règlement de Dublin, les enfants réfugiés non accompagnés ne pouvaient pas être transférés [d’un pays à l’autre], ce qui témoigne également d’une humanisation de l’Europe.

A quoi tout cela tient-il ? Un de mes interlocuteurs m’a dit que la Commission avait eu les Etats membres à l’usure : après des années de pourparlers, les pays n’ont plus la force de se tenir tête et trouvent un terrain d’entente. D’autres avancent une explication politique : [Nicolas] Sarkozy et [Silvio] Berlusconi sont partis, et avec eux les principaux tenants, ces dernières années, du rétablissement de frontières en Europe.

Il existe une autre explication à cette soudaine inclination au compromis des Etats membres. S’ils divisent et mettent les pays dos à dos, les déboires économiques peuvent également être vecteurs d’unité : la crise ayant montré que les pays sont vulnérables et dépendants les uns des autres, il s’agit de se serrer les coudes.