Fin juillet, un bateau pneumatique surchargé de réfugiés qui tentaient de fuir l’Afrique pour rejoindre le littoral européen s’est retrouvé en difficulté. Comme l’embarcation – partie de Libye pour rejoindre le plus petit Etat de l’UE, Malte – a commencé à couler, l’armée maltaise a lancé une opération de nuit qui a duré 13 heures pour porter secours aux 112 passagers. Huit personnes ont été évacuées par pont aérien afin d’être soignées d’urgence à l’hôpital, les autres souffraient d’épuisement, de déshydratation et d’insolation.

Cette histoire n’a rien d’original. Chaque semaine, des bateaux similaires débarquent sur les côtes du pays. En juillet, le Premier ministre Joseph Muscat a tenté de renvoyer deux avions d’immigrés somaliens en Afrique, sans écouter leurs demandes d’asile – ce qui n’est pas sans faire écho à la politique de refoulement qu’appliquerait l’Australie.

Par la suite, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a provisoirement statué qu’une telle décision était illégale. (Depuis, Joseph Muscat a déclaré qu’il n’avait aucunement l’intention de refouler ces immigrés, que ce n’était qu’un coup médiatique pour faire réagir l’UE.)

Quoi qu’il en soit, cette tactique révèle le désespoir de ce gouvernement. Avant que Malte n’adhère à l’UE en 2004, le taux d’immigration était négligeable. Sa proximité avec l’Afrique du Nord en a ensuite fait une porte d’entrée pour les migrants qui veulent venir en Europe. Par rapport à sa population, Malte est le territoire qui reçoit le plus de demandes d’asile au monde. C’est en partie dû au fait que l’île est si petite – plus petite que l’île de Wight. Au cours des dix dernières années, 17 000 immigrés clandestins sont arrivés sur les côtes maltaises : c’est comme si 2,7 millions de personnes débarquaient en Grande-Bretagne.

Le calvaire continue après la traversée

Une fois terminée leur dangereuse traversée, les réfugiés doivent s’attendre à des conditions difficiles une fois arrivés. A Malte, les immigrés clandestins sont systématiquement soumis à une période de rétention pouvant aller jusqu’à 18 mois pour des immigrés sans papiers, et ils sont placés dans des centres de détention surpeuplés. Début août, la CEDH a imposé une amende de 60 000 euros aux autorités de l’île car elle a jugé que les conditions dans lesquelles certains immigrés avaient été détenus relevaient de “traitements inhumains ou dégradants”. Cela inclut des températures glaciales, un régime inadapté, aucune sortie en plein air ou exercice physique pendant des périodes pouvant aller jusqu’à trois mois.

Comme dans d’autres pays, la politique en matière d’immigration fait figure d’obsession

Comme dans d’autres pays, la politique en matière d’immigration fait figure d’obsession depuis quelques semaines. L’Australie, qui envoie les réfugiés dans des camps en Papouasie-Nouvelle-Guinée, a créé la polémique. De son côté, le Royaume-Uni est en plein débat sur les questions d’éthique liées à la répression de l’immigration clandestine par le ministère de l’Intérieur. Lorsque j’ai rendu visite à ma famille à Malte la semaine dernière, l’immigration était un sujet de conversation omniprésent où que j’aille. Dans les journaux locaux, la question revenait à toutes les pages.

Et comme dans d’autres pays, les facteurs qui entrent en jeu ne sont pas tous liés à la pression populaire. Les immigrés, qui sont en général originaires d’Afrique subsaharienne, sont d’autant plus visibles sur un territoire qui comptait auparavant très peu d’étrangers. Certains ont exprimé leur crainte d’une “invasion culturelle”, et nombreuses sont les anecdotes sur la hausse de la criminalité dans les zones peuplées par des immigrés – même s’il n’existe aucun élément tangible pour le prouver -, et des attaques racistes ont commencé à se produire.

Pour un partage du fardeau

Les habitants de Malte doivent s’ajuster à une société de plus en plus multiculturelle et ils y parviendront peu à peu. Pendant ce temps toutefois, le pays semble se rendre compte à quel point la situation est difficile à gérer. Savoir si l’on peut – ou non – parler de “crise” est sujet à débat – une grande partie des immigrés finit par quitter Malte et une étude de l’université d’Oxford suggère que le recours à des centres de détention est un moyen d’exagérer la gravité de la situation. Le gouvernement fait néanmoins valoir qu’il n’a tout simplement pas les ressources nécessaires pour faire face à tous les bateaux remplis d’immigrés qui débarquent sur ses côtes.

Les autorités réitèrent leur appel auprès de l’UE en faveur d’une politique qui rendrait obligatoire le partage du fardeau lié à l’immigration. Il s’agirait de contraindre les pays européens à accueillir une partie des migrants qui arrivent dans les pays “frontaliers” comme Malte. Cette solution bénéficie du soutien de l’Italie, de Chypre et de la Grèce, qui sont également confrontées à une hausse des demandes d’asile, notamment depuis le printemps arabe. Toutefois, cette proposition a été accueillie avec défiance à Bruxelles.

Une chose est sûre, la situation ne peut pas continuer ainsi

Une chose est sûre, la situation ne peut pas continuer ainsi, sans intégration des immigrés, avec la ségrégation et l’exploitation des minorités ethniques, et la hausse du racisme. Le refoulement – comme l’opération tentée fin juillet – est bel et bien illégal, mais si l’UE soutient la protection des demandeurs d’asile, elle doit aider les pays frontaliers à appliquer les politiques qui lui permettront d’y parvenir.

Les Etats comme Malte, qui ne sont pas habitués aux questions relatives à l’immigration, ne doivent pas être laissés à eux-mêmes. Des dispositifs adaptés doivent être mis en place pour assister les migrants à leur arrivée, traiter les dossiers plus rapidement, puis contribuer à l’intégration ou à la réinstallation de ces personnes si l’asile leur est accordé. L’UE doit consentir des ressources et coopérer avec tous les Etats membres pour s’en assurer.

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