Toute cette histoire désastreuse aurait été évitée si les immigrés clandestins pakistanais, qui avaient déposé des demandes d’asile en Autriche, s’étaient tout simplement tus. Toutefois, comme ils pensaient se trouver dans un pays démocratique, ils ont voulu revendiquer publiquement qu’on les traite décemment. Au lieu de végéter pendant des années dans le camp de réfugiés qui se trouve à Traiskirchen, près de Vienne, et de travailler clandestinement, ils ont organisé en novembre 2012 une manifestation pour protester contre leurs conditions de détention lamentables. La police les a immédiatement dispersés, suite à quoi ils ont trouvé refuge dans une église jusqu’à ce que le monastère servite de Vienne les accueille temporairement. Les autorités autrichiennes n’ont toutefois pas oublié ce coup d’éclat : le dimanche 4 août, huit des 40 Pakistanais impliqués ont été arrêtés et immédiatement expulsés.

Selon les autorités, les expulsions se dérouleront coûte que coûte, comme prévu.

Les militants autrichiens qui, avec l’Eglise catholique, soutiennent les réfugiés, ont tenté de plusieurs façons de s’opposer à leur expulsion. L’un des militants a acheté un billet sur le vol qu’allait prendre l’un des Pakistanais et a tenté d’empêcher l’avion de décoller, mais il a été appréhendé par la police. Pour ne rien arranger, la police s’en prend maintenant aussi aux militants. Début août, trois personnes ont été arrêtées pour trafic humain et les forces de l’ordre ont fouillé le monastère. Selon les autorités, les expulsions se dérouleront coûte que coûte, comme prévu.

Oasis démocratique

Je ne raconterais pas ces événements de façon si détaillée si je n’avais pas rencontré en personne les réfugiés pakistanais du monastère viennois. En avril, j’ai passé quelques heures avec eux : dans leurs yeux, on pouvait lire la peur et le désarroi. La plupart d’entre eux étaient des défenseurs des droits de l’homme au Pakistan et ils avaient été contraints de fuir. Pour eux, l’expulsion est une condamnation à mort, qui sera exécutée par les forces de sécurité ou par les talibans.

Les demandeurs d’asile n’arrivent pas à comprendre pourquoi le gouvernement autrichien voit leur pays d’origine comme une oasis démocratique. Ils ont d’ailleurs fait remarquer que le ministère des Affaires étrangères avait déconseillé aux touristes autrichiens de se rendre au Pakistan. Pourquoi les autorités affirment-elles donc que les réfugiés ne courent aucun danger, et s'apprêtent à les renvoyer dans ce pays ?

L’Autriche est, sans aucun doute, un Etat de droit qui dispose de réglementations sur le traitement des immigrés. Il est également vrai que de nombreux ressortissants asiatiques ou africains viennent en Europe uniquement pour des motifs économiques, sous couvert de harcèlement religieux ou politique.

Il est de notoriété publique depuis des années que les conditions de vie dans les camps de réfugiés autrichiens sont scandaleuses.

Un petit pays comme l’Autriche ne peut tout simplement pas accueillir tout le monde. Et pourtant, la loi ne doit pas être appliquée sans discernement. Chaque dossier individuel doit être traité en temps et en heure. Les réfugiés ne sont pas du bétail. Il est de notoriété publique depuis des années que les conditions de vie dans les camps de réfugiés autrichiens sont scandaleuses.

Chasse au gibier

Vienne, toutefois, n’a jamais prêté attention aux critiques et a maintenant choisi la pire façon imaginable de s’attaquer au problème. Les expulsions de Pakistanais ont commencé à la veille de la campagne électorale, au moment où leur défenseur, le cardinal Christoph Schönborn – archevêque de Vienne – était à l’étranger et dans l’incapacité d’intervenir en leur nom. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que certains aient suggéré que la coalition entre le Parti social-démocrate d’Autriche (SPÖ) et le Parti populaire autrichien (ÖVP) se soit emparée de la question à des fins politiques, pour gagner la sympathie des populistes.

Cependant, l’Autriche n’est pas le seul Etat où les réfugiés sont confrontés à des conditions déplorables. En Grèce, la police des frontières les chassent comme du gibier. On sait que les Italiens envoient régulièrement des immigrés africains en Allemagne. En Grande-Bretagne, le gouvernement a récemment mené une campagne pour avertir les sans-papiers : s’ils ne quittent pas le territoire, ils risquent de finir en prison. En Pologne, comme la télévision publique l’a montré récemment, les centres de détention pour réfugiés ressemblent à des prisons et ils en ont adopté le fonctionnement.

Au mois de juillet, le pape François a prononcé un discours sur l’île italienne de Lampedusa, où des milliers d’Africains qui arrivent par bateau trouvent temporairement refuge. Il a expliqué qu’il souhaitait persuader les catholiques d’adopter une attitude nouvelle vis-à-vis du destin tragique des immigrés, afin que nous commencions à les traiter comme des personnes dans le besoin. Combien de temps faudra-t-il à l’Europe pour entendre ses paroles ?

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