Les candidatures commencent à prendre forme. La lutte en elle-même sera serrée et l'implication des candidats sera très sérieuse car, comparées aux précédentes, les élections législatives européennes de 2014, de l’avis de la plupart des analystes politiques bruxellois, entraîneront des changements importants. Surtout dans l’équilibre traditionnel lié à la présence des grandes familles politiques ayant dominé jusqu’à présent la scène dans l’Union européenne.

Un résultat qui sera influencé par les bouleversements engendrés par la crise économique au sein de l’opinion publique, mais aussi par l’apparition d’un phénomène plus marqué de méfiance envers la capacité de gouverner de l’actuelle classe politique. En conséquence, nous pouvons d’ores et déjà nous attendre à l’irruption de quelques petits partis au discours eurosceptique, voire anti-européen, avec peut-être même comme objectif qui sait, de créer une minorité de blocage au Parlement européen.

Un choix d’autant plus important que, dans les coulisses, on évoque déjà l’éventualité d’une modification du traité de Lisbonne

Cette possibilité placerait le processus législatif sous le signe de l’incertitude, tout comme les rapports entre le Parlement, la Commission et le Conseil européens. La riposte des partis traditionnels peut passer – c’est le cas en ce moment – par des propositions crédibles pour la fonction-clé du jeu européen, celle de président de la Commission européenne. Un choix d’autant plus important que, dans les coulisses, on évoque déjà l’éventualité d’une modification du traité de Lisbonne, afin que la fonction en question puisse être confondue avec celle de président du Conseil européen !

La position européenne qui en résulterait ainsi serait semblable, en termes de pouvoir et d’influence, à celle du président des Etats-Unis. Mais, je le répète, il s’agit seulement d’une idée qui circule dans les coulisses du pouvoir.

Un éloignement définitif ?

Voyons donc les cartes en main en ce moment et quels sont les noms proposés, annoncés dans un entretien accordé à un journal polonais par Joseph Daul, chef de file du groupe PPE du Parlement européen. N’oublions pas auparavant que, depuis cette année, une décision permet à chaque groupe politique de nommer ses propres candidats. Nous avons par conséquent déjà un nom pour les socialistes, Martin Schulz, (actuel président du Parlement européen).

Mais le PPE [Parti populaire européen, droite], lui, ne s’est pas encore prononcé. En revanche, deux commissaires européens, Viviane Reding et Michel Barnier, se sont déjà engagés dans la course, de même que le Premier ministre suédois, John Fredrik Reinfeldt.

Ce qui est intéressant dans la liste de Joseph Daul, c’est le nom de l’actuel président de la Commission, José Manuel Barroso … car il n'y est pas (sans que cette omission signifie un éloignement définitif). Cela vaut également pour l’actuel Premier ministre polonais Donald Tusk, qui a fait savoir qu’il ne se portait pas candidat, éliminant ainsi toute spéculation concernant la possible présence d’un candidat de la droite venu des pays de l’Est européen.

De plus, il est fort probable, dans le cadre d’une victoire électorale tout à fait prévisible de Madame Merkel, en septembre, que le message de l’Allemagne ne soit pas en faveur de monsieur Schulz. Un contexte dans lequel la droite donc devrait choisir entre Viviane Reding et John Fredrik Reinfeldt, des candidatures facilement acceptables et soutenables au niveau du Parlement européen. Autre candidature crédible et encore plus aisée à appuyer, celle du Français Michel Barnier, qui a à son palmarès ses succès dans la constitution du marché unique et le souvenir d’une prestation impeccable en tant que négociateur du traité de Nice.

Garant de la zone euro

En réalité, tout le monde est suspendu aux résultats des élections en Allemagne

En réalité, tout le monde est suspendu aux résultats des élections en Allemagne, car il est évident qu’elles influenceront le déroulement des futures négociations et repositionnements des forces dans la politique européenne. Car l’Allemagne reste seule en sa qualité de champion économique garant de la zone euro, après les très faibles performances françaises à l’ère du socialiste François Hollande.

Nous traversons maintenant par ailleurs une période durant laquelle les pays membres commencent à avancer des propositions crédibles pour les postes de commissaires européens. Bien évidemment, des noms passés à la loupe subjective des intérêts des équipes politiques au gouvernement, mais pas uniquement, heureusement, certains étant des spécialistes réputés dans leur domaine.

Il nous reste un ultime scénario : et si, contre toute attente, monsieur Barroso se présentait de nouveau et décrochait, après tout, un troisième mandat ? Les jeux ne feront que recommencer ab ovo, et nous continuerons comme si de rien n’était.