314 voix contre 311. Le 14 décembre, Silvio Berlusconi a surmonté de justesse une motion de censure présentée contre lui par l’opposition à la Chambre des députés. Il avait auparavant remporté une motion de confiance au Sénat. “Berlusconi a certainement gagné, mais les conséquences de cette victoire devraient le faire réfléchir”, écrit Sergio Romano dans le Corriere della Sera.

Car le président du Conseil italien a désormais deux options, explique l’historien : “Se réjouir de son succès, couler ses adversaires et continuer jusqu’à la fin de son mandat. Une marge de trois voix d’avance ne le protègera pas contre les obstacles qui se profilent, mais il pourra toujours blâmer l’opposition et jouer la partition du leader trahi. Dans ce cas, le pays serait à nouveau condamné au spectacle indécent dont nous avons été témoins ces derniers mois : des polémiques, des querelles et aucune attention prêtée aux difficultés économiques et financières que nous traversons. L’autre possibilité est de recomposer une majorité sur de nouvelles bases”, à commencer par une nouvelle loi électorale.

Un pays sans rêve ni direction

Dans La Repubblica, Barbara Spinelli estime que “la victoire du Cavaliere, dans une large mesure, n’est qu’apparente. Non seulement il dispose d’une faible majorité, mais il doit maintenant faire face à deux partis d’opposition à droite (les centristes de l’UDC et FLI, le parti de son ex-allié Gianfranco Fini).” “Le dernier coup a raté, mais la crise se poursuit de manière souterraine”, note la journaliste. Car “derrière les apparences se trouve la difficile mais inévitable chute du Berlusconisme, du fait des même gens qui l’ont porté au pouvoir. C’est comme Thermidor.”

Mais Barbara Spinelli met en garde contre “la dangereuse pensée positive de Berlusconi” et son incroyable aptitude “à nager dans la mer des campagnes électorales”, qui pourraient lui permettre de contrecarrer sa chute et parvenir au fauteuil de président de la République, son dernier objectif personnel.

Et pendant ce temps, Rome brûle, s’indigne Mario Calabresi, le directeur de La Stampa. Au Parlement, “les politiciens ont eu ce qu’il attendaient depuis des mois : des cris, des calculs puis des célébrations”. Et dans la rue, où des anti-Berlusconi manifestaient , ce fut “de la fumée, des explosions, des matraques et des casques qui rappellent les années 1970”. Plus de 100 personnes ont été blessées.

"Ces images de Rome font peur et démontrent la distance qui existe entre un monde politique retranché et un pays qui glisse et devient méchant, sans rêve ni direction, déplore Mario Calabresi. Le monde politique devrait regarder au-delà des incendies et voir une majorité usée qui n’est même plus capable de se faire des illusions. Au lieu de cela, il s’enferme et laisse dehors non seulement les voyous mais aussi le peuple italien.”

Un déclin généralisé de la démocratie

Plutôt que d’accuser et de critiquer l’homme et ses milliards, ne faut-il pas se demander si Berlusconi n’est pas finalement la métaphore de l’Italie, ou du moins d’une certaine Italie ?”, semble répondre Libération. Le quotidien français rappelle que le “l’homme a été trois fois élu au suffrage universel” et que “ses succès sont l’échec de l’opposition. Comme si en Italie, il n’y avait eu depuis 16 ans aucune autre option que le Caïman. Ni à droite ni à gauche.

Pour El País, “le show [au Parlement] va augmenter le discrédit international de la politique italienne, et va agiter le courant croissant de l’antipolitique qui ronge les fondements de cette démocratie anciennement parlementaire devenue le berceau du totalitarisme patronal”. Dans ce contexte, les violences “sont exécrables, note le quotidien madrilène, mais elles dénotent un climat social de grave implosion”.

Mais l’Italie est-elle un cas si particulier ? “Avant de souhaiter, nous les autres Européens tellement parfaits, d’entourer l’Italie d’un mur le plus haut possible, et de l’abandonner à son sort pour, allez, les cent prochaines années, il faudrait se demander si nous n’assistons pas à un déclin de la démocratie dont d’autres pays ne sont pas si loin.”, écrit laFrankfurter Rundschau. "Seuls quelques degrés nous séparent” de l’Italie, assure le quotidien allemand, qui précise qu’ "il ne s’agit pas seulement ce pays modèle européen – la France – qui, sous Nicolas Sarkozy ressemble de plus un plus à l’exemple italien. Dans l’Europe entière, la dépolitisation et la boulevardisation de la politique progressent.”