Lady Ashton était en fait censée être le visage de l’Europe et lui conférer du poids sur la scène internationale. Mais elle s’est volatilisée pendant la crise, tant les positions des Etats de l’UE divergeaient : les uns, gardant à l’esprit l’expérience de 1989 en Europe de l’Est, soutenaient le mouvement sur la place Tahrir, les autres préférant attendre de voir quelle personnalité de premier plan finirait par s’imposer. Au moins, Benita Ferrero-Waldner, qui l’avait précédée à la Commission européenne, était-elle capable de dire quelque chose rapidement et en plusieurs langues.

C'est la méfiance qui inspire la politique extérieure commune

Le déplacement d’Ashton le 14 février à Tunis ne peut suffire à faire oublier le lamentable silence de la diplomatie de l’UE, d’autant plus que le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, l’a devancée. Dès samedi, il était sur place. Pour l’Allemagne — et pour la France —, les enjeux sont énormes : c’est de leurs relations économiques et politiques qu’il s’agit. Chaque année, l’Allemagne versait à elle seule 112 millions à l’Egypte, et la France 475 millions à ses anciennes colonies, l’Algérie, le Maroc et la Tunisie. Ce n’était pas une aide économique absolument désintéressée, puisque cet argent contribuait également à stabiliser les régimes de la région. C’est pourquoi Berlin et Paris ne veulent pas céder le terrain à Bruxelles, parce qu’ils estiment que leurs propres intérêts sont concernés. Une preuve supplémentaire de la méfiance qu’inspire la politique extérieure commune.

Entre-temps, d’autres ennuis se profilent pour l’UE. L’afflux de réfugiés qui traversent la Méditerranée en provenance de Tunisie montre que leur désir de liberté ne se cantonne pas à leur propre pays, mais qu’il se tourne également vers l’Europe. Comme l’Espagne et la Grèce, Rome clame à juste titre, depuis des années, que les autres Etats de l’UE laissent les Italiens se débrouiller seuls avec ce problème. Il est plus urgent que jamais de répartir la charge dans toute l’Europe. Car jusqu’à présent, les Etats au sud de l’Europe, situation géographique à laquelle ils ne peuvent rien, ont été touchés de façon disproportionnée. C’est une affaire de solidarité européenne.

Bien plus qu'un test diplomatique

taz-15-02-2011Il devient aussi urgent de savoir ce que l’on propose à ces Etats. La politique de voisinage de l’UE ou l’Union pour la Méditerranée a jusqu’à présent été conçue comme un placebo, en lieu et place d’une intégration — tout en sachant pertinemment que ces pays ne satisfont pas aux critères décisifs d’entrée dans l’UE. Mais si le Maghreb et le Moyen-Orient deviennent le théâtre d’une démocratisation, alors les Etats de l’Union seront confrontés à leur demande d’intégration.

Il est manifeste que ces pays se trouvent dans le voisinage immédiat de l’Europe. L’argument selon lequel le statut de membre peut servir à stimuler un développement démocratique sera immanquablement évoqué, comme dans le cas de la Turquie.

L’UE n’est pas prête à répondre à ces questions. Injecter 17 millions d’euros en Tunisie ne suffira pas à interrompre le flot des réfugiés. L’UE doit s’interroger sur les perspectives qu’offrent ces pays, en particulier à la jeunesse. La solution du problème des réfugiés doit être considérée comme davantage qu'un simple test diplomatique. Sinon, l’UE sera en partie responsable d’une catastrophe humanitaire.