A Katowice, lors du dernier congrès du Mouvement pour l’autonomie de la Silésie, début mars, il régnait comme un parfum de victoire. Dans ce bâtiment qui abritait le gouvernement et le Parlement autonomes de la région dans l’entre-deux guerres, on comptait 130 délégués, dont certains avaient revêtu le costume traditionnel.

"Nous voulons l’autonomie, non pas parce que nous aurions un problème avec le reste de la Pologne, mais parce que nous sommes convaincus que nous serons ainsi mieux à même de défendre nos droits et de gérer les fonds publics. Pour nous, l’autonomie n’est pas un retour en arrière. Au contraire, c’est l’avenir, c’est un moyen de résoudre la crise politique que traversent les Etats nations européens contemporains", affirme Piotr Długosz, un militant autonomiste de 32 ans.

Les Silésiens difficiles à apprivoiser

Ce n’est qu’après la victoire inattendue des autonomistes de Silésieaux élections régionales de l’automne dernier que Varsovie a réalisé qu’elle avait un problème avec ce territoire situé à la frontière tchèque. Comme les Silésiens représentent un bon dixième de la population polonaise [soit près de 4 millions], ce succès électoral a provoqué un certain émoi au sein de l’establishment politique de la capitale.

Pourtant, le cas de la Pologne silésienne, plus particulièrement de cette partie de la Voïvodie silésienne industriellement développée et riche en matières premières, pendait au nez des hommes politiques depuis 20 ans.

"Les hommes politiques qui ont construit la nouvelle Pologne après la chute de la dictature communiste étaient convaincus, comme les communistes avant eux, qu’un pays multiethnique est moins stable qu’un Etat national unifié. C’est pour cela qu’ils ont agi et ont fait comme si les Silésiens n’existaient pas", explique Marek Plura. Député de la Plate-forme civique (parti au pouvoir du Premier ministre Donald Tusk) au Parlement polonais, cet homme politique est favorable à l’émancipation de la Silésie, tout en s’opposant à son autonomie.

"Ruch Autnomii Śląska [Mouvement pour l’autonomie de la Silésie] a fait beaucoup pour l’ensemble des Silésiens, poursuit-il. Grâce à lui, on peut à nouveau dire avec fierté que l’on est Silésien. Il a aussi ouvert le débat sur notre histoire et notre langue". S’il a accepté de participer à cette rencontre, ce n’est pourtant pas, semble-t-il, seulement en raison de leur origine silésienne, c’est aussi pour tenter d’atténuer la radicalité du RAŚ. Mais il est rapidement apparu durant le Congrès que les Silésiens ne se laisseraient pas aussi facilement apprivoiser.

Des militants jeunes et éduqués

Né en 1971, Jerzy Gorzelik est le chef des autonomistes silésiens. Un de ses grands-parents a participé aux soulèvements des années 1919-1921, au cours desquels les Silésiens, dont le territoire était alors rattaché à l’Allemagne, ont combattu pour leur indépendance.

Ce docteur en histoire de l’art n’a pas du tout l’apparence d’un leader charismatique. Il ressemble plutôt à un homme discret, dont le profil colle parfaitement à l’image que l’on se fait d’un professeur d’université, certainement pas à celle d’un chef d’un mouvement séparatiste.

"L’autonomie est notre principale ligne de programme, et il est hors de question d’y renoncer", assène-t-il, lorsque je lui demande si le moment n’est pas venu aujourd’hui de calmer un peu le jeu, son mouvement faisant désormais partie du gouvernement régional.

"Avec Varsovie, nous souhaitons seulement conserver en commun une défense, une politique étrangère, une monnaie et une infrastructure nationale. Le reste, en particulier la fiscalité, devrait être de la compétence du gouvernement autonome". Il reconnaît que si les Silésiens souhaitent obtenir la gestion des recettes des impôts locaux, c’est en partie parce que leur région est l’une des plus riches de Pologne.

Ce sont eux qui financent les régions pauvres situées à la frontière avec l’Ukraine et bien évidemment ce sont eux encore qui nourrissent toute la machine bureaucratique nationale. "Mais attention, nous n’entendons pas renoncer au système de solidarité envers les autres régions de Pologne. Nous souhaitons avant tout que le transfert d’argent vers ces régions, tout autant que vers la caisse centrale, se fasse dans la transparence. Aujourd’hui, estime-t-il, notre argent disparaît dans un trou noir".

Un statut d'autonomie qui devrait être accordé d'ici 2020

"Il est pour le moins étrange que les Tchèques ne s’intéressent pas du tout à ce qui se passe à leurs frontières. Ils occupent pourtant une partie du territoire de la Silésie historique et sont pour nous des voisins importants", s’étonne un délégué. Il se montre extrêmement sensible au fait que l’aigle de Silésie figure sur l’emblème national tchèque et se demande comment les Silésiens tchèques ont bien pu réussir à l’imposer. J'ai un peu de mal à lui expliquer que contrairement à leurs cousins polonais, les Silésiens tchèques ne revendiquent aucune forme d’émancipation.

Jerzy Gorzelik estime que le statut d’autonomie de la Silésie devrait être accordé d’ici à 2020, selon les mêmes paramètres établis il y a 70 ans. A cette époque, le gouvernement autonome silésien disposait de son propre budget, il votait ses propres taxes et impôts ainsi que certaines lois. C’est justement à cela qu’aspirent aujourd’hui les Silésiens.