Ce ne sont pas seulement les ramblas, les pinacles fantastiques de la Sagrada Familia ou la morue au pil-pil de Pepe Carvalho qui attirent chaque année de nouveaux résidents italiens à Barcelone et ont transformé la ville de Gaudí et de Mirò en un nouvel eldorado pour nos compatriotes. "C’est une question d’état d’esprit, d’attitude", expliquait cette semaine dans Le Monde un chef cuisiner du Frioul qui a fait fortune dans la capitale catalane. "Ici, les gens sont positifs et les étrangers sont accueillis comme nulle part ailleurs". Depuis cette année, les Italiens forment la plus importante communauté étrangère de la ville, devant les Equatoriens, les Pakistanais et les Boliviens.

La dernière fournée est sans doute arrivée sur les traces de Zlatan Ibrahimovic, quand il a quitté l’Inter [de Milan] pour le magnifique Barça, mais le fait est que 22 685 Italiens ont été récemment recensés à Barcelone et que les arrivées progressent au rythme de 15 à 20% par an. Pas loin de 50 000 italiens vivent actuellement en Catalogne. En 2000, ils étaient à peine 15 000. Ce sont les chiffres officiels, mais en réalité ils pourraient bien être le double. Alors qu’ailleurs les retraités sont en tête des statistiques, les nouveaux arrivants en Catalogne sont des jeunes de 25 à 40 ans, souvent diplômés depuis peu, déçus par la conjoncture politique et sociale italienne et par le manque de débouchés professionnels.

La situation qu’ils trouvent à Barcelone n’est pas toujours meilleure. La plupart travaillent dans la restauration, dans des boutiques ou des call center. Des jobs basiques, mal payés, certes, mais dans un cadre plus agréable et dans une ville où "on vit mieux". Depuis au moins une douzaine d’années, Barcelone est à la mode parmi les jeunes Italiens, pour commencer une nouvelle vie, mais aussi comme destination touristique ou universitaire (un quart des étudiants étrangers qui viennent avec une bourse Erasmus sont italiens). Loin devant Madrid, Barcelone la maritime est une ville enchanteresse avec ses petites places et ses fontaines, baignée de chaleur, où il ne pleut presque jamais, jalouse de sa diversité culturelle mais nullement intolérante ni fermée.

Cette nouvelle "passion italienne", comme l’écrit Le Monde, ne s’est pas démentie malgré la crise. Ici la vie n’est pas moins chère qu’en Italie et ces derniers temps, les possibilités de trouver du travail se valent, c’est-à-dire qu’elles sont tout aussi aléatoires. Au consulat, on estime que la conjoncture économique pourrait ralentir le rythme des arrivées mais pas la destination des voyageurs : la communauté italienne à Barcelone est destinée à s’agrandir encore.

Il est certain que cette "invasion" a été stimulée par la "Loi Tremaglia" qui a permis à beaucoup de jeunes descendants d’émigrants italiens partis en Amérique latine de reprendre la nationalité de leurs parents et grands-parents : des Argentins, des Uruguayens, des Brésiliens sont venus en Espagne et y sont restés, pour des raisons de langue plus souvent que d’emploi.

Mais Barcelone est aussi un nom qui brille, un logo qui attire. Comme le vantent les brochures de la mairie, c’est la ville méditerranéenne par excellence, que son dynamisme économique de ces dix dernières années a rendue très attractive pour des milliers d’étudiants européens et italiens qui y ont trouvé un premier travail ou y ont fait leurs premières armes professionnelles. Les Italiens qui aiment Barcelone ont créé un site internet où ceux qui ont envie de venir s’installer trouveront toutes les informations utiles, de la recherche d’un logement aux cours d’espagnol. Barcelone a de plus une image de ville libérale, bourgeoise mais socialiste, de capitale anti-fasciste de l’Espagne à l’époque de la guerre civile, celle que défendue et décrite par George Orwell. Bref, c’est l’autre Espagne, si différente de l’aride Castille.

Certes tout ce qui brille n’est pas or. La Catalogne et la Costa del Sol, jusqu’à Marbella, sont aussi devenues un refuge pour 70% des chefs de la Camorra napolitaine. Un mouvement migratoire qui a commencé dans les années 1980 et ne s’est jamais tari. Les magistrats italiens considèrent que ce petit paradis est aussi une plaque tournante pour Cosa Nostra et la ‘Ndrangheta, d’où ces organisations contrôlent le trafic de la drogue destinée à l’Europe, comme vient de le confirmer l’arrestation de six parrains à Marbella, cette cité du bord de mer que la police espagnole a rebaptisé "Cosa Nostra", en raison de la haute concentration de mafieux italiens qui y résident.