Alors que les éditorialistes européens appelaient hier de leurs vœux une action concrète contre les agences de notation suspectées de déstabiliser la zone euro, Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne (BCE) a apporté une réponse rapide et "inflexible", notent Les Echos. Moins de quarante-huit heures après la brutale dégradation de la dette souveraine du Portugal par Moody's, le président de la BCE a, à l'issue de la réunion mensuelle du Conseil des gouverneurs, à Francfort, pris trois décisions qui sont autant "de signaux envoyés aux gouvernements européens, aux agences de notation et aux marchés, en ces temps incroyablement troublés", explique le quotidien français.

Première décision :

En relevant son principal taux directeur d'un quart de point pour la deuxième fois depuis le début de l'année, à 1,5%, la banque centrale a montré qu'elle se préoccupait, en priorité, de l'ensemble de la zone euro, où l'Allemagne continue d'afficher une croissance insolente. Elle ne laisse donc pas sa politique monétaire 'prise en otage' par la crise financière dans les pays endettés et périphériques qui pourraient avoir besoin d'un répit, ne serait-ce que sur les taux à court terme.

Une décision saluée par la presse allemande, notamment par la Frankfurter Allgemeine Zeitung :

La BCE doit rester tel un roc dans la tempête et affronter les dangers de l'inflation (...). La Banque centrale ne doit pas se focaliser sur les faiblesses des pays périphériques.

Mais redoutée par les pays du sud, comme l'écrit la Vanguardia :

Encore une fois, l'orthodoxie a dicté sa loi à l'institution, écartant une souplesse qui permettait d'aider la faible reprise européenne (…) Il est clair que les pays avec un endettement plus élevé seront punis par l'augmentation des taux, et bien sûr, tous les pays qui sont les plus éloignés d'une reprise économique, c'est-à-dire lesdits périphériques, y compris l'Espagne.

Deuxième décision, détaille Le Figaro Economie, un soutien au Portugal attaquée par la dégradation de Moody's :

L'annonce de la suspension 'immédiate' des critères de notation permettant d'accepter la dette du Portugal en contrepartie de ses opérations de refinancement. Cette décision souveraine autorise l'institution monétaire européenne à accepter tous les titres de dette portugaise, "en collatéral", quelles que soient leurs notes, ce qui évitera aux banques portugaises une crise de liquidité qui leur serait fatale. (...) La BCE ajoute un sauvetage monétaire au sauvetage budgétaire lancé par le FMI et l'Union européenne. Un tacle direct aux agences de notation, une critique "plus habituelle dans la bouche des responsables politiques que des banquiers centraux."

Par ce soutien, "Jean-Claude Trichet a montré qu'il désapprouvait totalement la décision brutale de l'agence Moody's. Au passage, il a lancé une charge contre la "structure oligopolistique" des agences de notation, dont le fonctionnement est 'procyclique', c'est-à-dire qu'il aggrave les tendances", précise pour sa part Les Echos.

Enfin dernière annonce : le rappel d'un refus catégorique d'un défaut grec. "Jean-Claude Trichet a clairement indiqué que si la dette grecque était mise en défaut, il n'accepterait plus de prendre ses titres en garantie."

Pour l'éditorialiste des Echos,

[Trichet] tord ainsi le cou à un scénario qui commençait à prospérer notamment du côté de Berlin, celui d'un défaut sélectif comme il convient de le qualifier, depuis que l'agence Standard & Poor's en a introduit l'idée. C'est-à-dire une faillite temporaire et limitée dans son ampleur de la Grèce. (…) En posant cette limite, Jean-Claude Trichet est dans son rôle. Il préserve le système bancaire de l'Eurogroupe d'un nouveau choc

Et le journal de conclure :

A court terme, l'orthodoxie du président de la BCE n'arrange personne. Elle accroît même la pression sur les pays en difficulté. Hier, les taux irlandais et italien à 10 ans atteignaient de nouveaux sommets. Mais, à plus long terme, il faut l'espérer, c'est sans doute le prix à payer pour sortir par le haut du tourbillon actuel.