A moins de trois mois de la Conférence de Copenhague (COP15) [du 7 au 18 décembre 2009], les acteurs entrent dans le jeu : l’Europe revendique le leadership dans la lutte contre le réchauffement climatique ; l’Amérique d’Obama envoie des signaux conciliants, inimaginables du temps de Bush ; les économies émergentes demeurent hésitantes. Samedi 5 septembre, lors de la réunion des ministres de l’économie du G20, les tigres asiatiques, Inde et Chine en tête, ont refusé de prendre des engagements clairs. Bruxelles veut donner le bon exemple et continue, imperturbable, à avancer. D’abord, en se donnant un calendrier et surtout en précisant ses intentions en termes budgétaires.

L’échéancier est intégré dans un document de 33 pages, pour le moment confidentiel, que la Commission européenne entend présenter le 10 septembre, en vue du débat au Conseil. Après l'accord du G8 à l’Aquila sur la limitation à 2,5°C de l’augmentation de la température globale d’ici à 2020, l’exécutif européen estime que "le temps est venu de sortir de l’impasse en présentant un plan sur le financement des mesures sur le climat qui optimise les probabilités de succès des rencontres de décembre". Actuellement, fait-on remarquer, "les négociations avancent à un rythme de tortue". Cela ne convient pas à l’Union européenne, dont les leaders se targuent être les lièvres, en matière d’écologie, de notre pauvre vieille planète Terre.

Les experts de la Commission proposent donc une action graduelle qui devrait culminer à un total de 100 milliards d'euros dépensés d'ici 2020. Il s’agit de "flux d’argent et non de dépenses directes prélevées sur les budgets publics", est-il précisé. L’idée est de parvenir à cet objectif en sommant trois catégories de ressources : les capitaux financiers des Etats membres, tant publics que privés ; les financements provenant de la vente des quotas de CO2 sur le marché des émissions ; les mouvements de capitaux de la finance publique mondiale.

Deux critères pour fixer la contribution de chaque pays

Les investissements privés sont considérés par la Commission comme un des points clefs de sa stratégie, en raison de leur caractère potentiellement rémunérateur. Le défi du réchauffement climatique requiert un solide programme d'infrastructures au niveau mondial dans les pays riches et, a fortiori, dans les pays émergents. La possibilité qu'ont les États membres de l’Union de déduire du montant de leurs propres émissions le volume de celles qu’ils contribuent à éliminer dans les zones qui en ont le plus besoin est considéré à Bruxelles comme une incitation intéressante.

Le marché des émissions de CO2 est également un point crucial : la Commission prévoit en effet que le plan 2020 pourra être financé, au moins en partie, sur les profits générés par le marché du CO2. En fixant un objectif de réduction des émissions de 30% (ce que l’Europe se dit prête à faire si tous les pays acceptent une réduction de 20%), Bruxelles estime que les échanges de quotas de CO2 pourraient générer environ 38 milliards d’euros par an. Quant à savoir qui paiera de sa poche, c’est l’inconnue la plus problématique, en particulier en ces temps de récession. Le Conseil a d'ores et déjà établi deux critères possibles : une contribution basée sur la quantité de gaz à effets de serre émise et une autre calculée en fonction des capacités de paiement.

Il va falloir choisir, et tout laisse à penser qu’on en viendra à une moyenne entre l’une et l’autre en vue du premier rapport d’étape, celui de 2013, année où les éventuels accords de Copenhague devraient entrer en vigueur. Les prévisions pour la période 2011-2012 indiquent une dépense globale de 4 à 7 milliards d'euros pour la réduction des gaz à effets de serre et les interventions structurelles. Pour l’année suivante, il est question de 10 milliards d’euros. L’Europe en assumerait 1,1 milliard sur la base de l’indice de pollution et 3,26 sur celui de la capacité de payer. Des "chiffres extrêmes", explique une de nos sources, selon laquelle on finira par s’accorder sur un juste milieu. Reste à savoir s'il y a bien une volonté de renoncer à certaines choses pour sauver l’avenir. Le reste, y compris les milliards, ne sont, après tout, qu’un problème relatif, si nous décidons tous de nous mettre en route.