Marronnier de juin, l'épreuve de philosophie au baccalauréat donne lieu chaque année à une palanquée de reportages, articles, dossiers, etc. dans la presse française. A ce titre, saluons deux déclinaisons dudit marronnier.

1/ La Une osée à souhait de Charlie Hebdo : "Exclusif le sujet du bac de philo : comment sucer la droite sans trahir la gauche ?". Assez vague pour que beaucoup se sentent visés. 2/ L'article de Philosophie magazine du mois de juin intitulé "La philosophie, esprit de l'Europe". Suivi d'une carte de l'Europe des cours de philo, il nous apprend d'abord que, contrairement aux idées reçues, le bac de philo n'est pas une exception française – la philosophie est enseignée au lycée dans 25 pays sur 27. Là n'est pas l'essentiel. Michel Eltchaninoff, professeur de philosophie et auteur de l'article, appelle à oublier les "slogans soporifiques et les polémiques stériles sur les racines chrétiennes de l'Europe". Leur réaffirmation a le fâcheux désavantage d'exclure la Turquie et de froisser les tenants de la laïcité. Il vaut mieux, dit-il, trouver "des racines plus fécondes et acceptables par tous". Celles-ci apparaissent en filigrane dans la Charte des droits fondamentaux adoptée en 2000 par l'Union européenne. Les valeurs qu'elle porte – la dignité humaine, la liberté, l'égalité, la solidarité, la démocratie, etc. – ne sont autres que celles de la rationalité philosophique, souligne Michel Eltchaninoff. "La construction européenne gagnerait à prendre conscience de l'esprit philosophique qui l'anime silencieusement". Car de Kant à Habermas, en passant par Husserl, la pensée rationnelle préserve de tout repli identitaire, estime-t-il. Certes. Mais faut-il absolument opposer les racines chrétiennes et philosophiques de l'Europe ? Comme l'ont démontré plusieurs penseurs – par exemple Frédéric Lenoir dans Le Christ philosophe (2007) – le christianisme est, en réalité, à la base de notre philosophie actuelle et forme aussi la base de notre système politique démocratique. Voilà tout le monde réconcilié.