Jean-Claude Juncker, Guy Verhofstadt, Jacques Delors, Joshka Fischer et Daniel Cohn-Bendit ont tous un point commun : ils sont fédéralistes, et militent pour une Europe post-nationale au sein du groupe Spinelli [du nom d’un des pères de l’Europe, Altiero Spinelli, fondateur du Mouvement fédéraliste européen]. Ce réseau de personnalités, lancé en septembre 2010, organise régulièrement des "Conseils européens fantômes" à la veille des "vrais" sommets des chefs d’Etat. Et leurs conclusions sont généralement peu clémentes : "Les Vingt-Sept font fausse route", "Le projet européen va droit dans le mur" ou encore "L’Union s’est rendue ridicule".

Face à une Angela Merkel ambiguë sur sa vision de l’Europe, aux plans de rigueur imposés par l’UE et à la tentation du repli nationaliste, les spinellistes sont amers. "Si le Conseil européen veut faire quelque chose de positif, il faut une approche autre que celle suivie jusqu’ici et qui est basée sur la méthode intergouvernementale", a déclaré Guy Verhofstadt, dont les propos sont relayés par La Libre Belgique, alors qu’un sommet consacré au pacte de l’euro, à la gouvernance économique et au fonds de stabilité financière se tient ce vendredi à Bruxelles.

Le Groupe veut que l’Union européenne s’engage de façon plus "proactive" dans de grands dossiers comme l’infrastructure, l’éducation, la recherche scientifique ou encore la transformation écologique de l’économie européenne. Via un "Plan d’action européen pour le futur", qui pourrait se monter à 4000 milliards d’euros en 10 ans et serait financé par l’émission d’obligations européennes. Car "avoir un budget en équilibre et de la discipline fiscale ne suffit pas pour le bien-être de l’Europe", juge Guy Verhofstadt.

Mais le gros des critiques du Groupe Spinelli vise la Commission européenne, et notamment sa Haute représentante pour les affaires étrangères Catherine Ashton. Au point que l’eurodéputé Daniel Cohn-Bendit a évoqué le dépôt d’une motion de censure contre la Britannique. Pour le Groupe, l’Union a "violé le traité" de Lisbonne et notamment son article 34, qui stipule que la Haute représentante organise la coordination de l’action des pays membres au sein des organisations internationales. Les différences de votes européens au Conseil de sécurité sur l’intervention en Libye sont donc "hautement absurdes".

Hésitations, indécisions et finalement inaction, tant face aux révolutions arabes que dans le "grand nettoyage" toujours attendu des banques européennes : les tontons flingueurs de l’Union veillent au grain.

Photo: Groupe Spinelli