"Les Suisses votent UDC", dit le slogan du premier parti du pays, "pour une fois pas si éloigné de la précise vérité", comme le souligne le chroniqueur Nicolas Martin sur le site largeur.com. Ou, pour être plus précis encore : "Un tiers des Suisses votent UDC". Car si une majorité d’Helvètes résiste encore à l’appel de phare patriotique, le parti semble creuser l’écart avec ses poursuivants socialistes, libéraux et démocrates-chrétiens à l’approche des élections fédérales d’octobre. L’UDC flirte avec les 30% d’intentions de vote, nous rappelle la Radio Suisse Romande.

Pratique, le slogan peut se décliner en plusieurs variantes. Par exemple : "Ceux qui refusent d'entrer dans l'UE votent Adrian Amstutz", du nom du candidat UDC bernois élu au Conseil des Etats début mars. L’Union européenne, récemment comparée à des "Habsbourg" impérialistes modernes par le leader historique de l’UDC, Christoph Blocher, est le cheval de bataille permanent du parti. Revendiquant également la "qualité suisse", l’UDC espère bien grimper encore dans le cœur des citoyens en octobre prochain, et rehausser ainsi la cote de popularité de son ministre Ueli Maurer, le "cancre" du gouvernement aux yeux du public. Tout en revendiquant un deuxième siège au Conseil fédéral, après l’éviction houleuse de Christoph Blocher par les parlementaires en 2007. Pour cela, le parti peut notamment compter sur son porte-bonheur, le bouc Zottel.

Avec ses slogans à raccourcis directs (aujourd’hui imités par les autres partis), son franc-parler décomplexé destiné aux "vraies gens" et ses affiches coup-de-poing, le parti ratisse large, convainquant l’éleveur tessinois et le gestionnaire zurichois, mais surtout les résidents des villes suisses de taille moyenne, par exemple dans l’agglomération zurichoise. Représentant à l’origine les intérêts des agriculteurs sous la coupole fédérale, l’UDC a effectué ces vingt dernières années (et surtout depuis la votation sur l’entrée de la Suisse dans l’Espace économique européen en 1992) un spectaculaire virage vers la droite nationaliste sous l’impulsion de son aile urbaine zurichoise. Jusqu’à adopter les techniques de communication les plus poussées (dont une "Tele Blocher"), à coups de millions, relançant au passage le débat sur le financement des partis. Le style des affiches conçues par le publicitaire attitré de l’UDC Alexander Segert s’exporte même dans les pays voisins.

Certes, le parti a dû se défaire de ses sections bernoise et grisonne, qui n’ont pas pris le virage au tournant, peu réceptives aux nouvelles méthodes de marketing politique, et ont fondé leur propre parti dans le sillage de la Conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf, la "traitresse" qui occupe le siège de Christoph Blocher au gouvernement. Certes, le grand écart entre des électeurs au profil si varié peut conduire à des contradictions fortes de ligne politique, comme l’ont révélé les atermoiements de l’UDC dans l’affaire de l’accord UBS avec les autorités fiscales américaines. Mais le parti a modifié durablement la façon de faire de la politique en Suisse. Et devant le règne de l’apparence, tous les"monts ensoleillés" peuvent être escaladés par l'UDC. Car il pourra toujours clamer la "qualité" de son patriotisme face aux copies assez pâles proposées en désespoir de cause par ses adversaires politiques.

Photo : Metro Centric