En regardant dans le rétroviseur les deux décennies écoulées, certains fleurons de l’Union européenne semblent mis à mal. Trois grands pactes, autour desquels le consensus semblait régner, se voient remis en cause, rouverts à la négociation, à la tergiversation, voire à la disparition pure et simple, par des Etats qui n’ont jamais vraiment digéré de déléguer leurs prérogatives.

Le pacte de stabilité et de croissance avait été mis en place en 1997 pour coordonner les politiques budgétaires nationales afin d’éviter l’apparition de déficits excessifs. Il a échoué pour trois raisons, selon La Tribune : "Certains pays n'ont pas toujours respecté le pacte, d'autres n'ont pas présenté des comptes sincères à leurs partenaires ou ont laissé se développer des déséquilibres massifs dans le secteur privé." Aujourd’hui, le schisme nord-sud sur la gestion des dépenses est source de conflit.

Le pacte de Schengen, lui aussi institutionnalisé en 1997, visait un espace de libre circulation des personnes entre les Etats signataires. Pronostic vital engagé : "Adieu à Schengen ?", s’interrogeait récemment El País, alors que Nicolas Sarkozy évoquait la suspension de l’accord devant l’arrivée de 20 000 réfugiés arabes en provenance d’Italie. Rome et Paris "jouent avec les migrants comme s'ils étaient des objets qui pourraient leur faire perdre des voix", constate de son côté La Repubblica.

En 1999, un pacte informel contre l’extrémisme nationaliste avait émergé, sous forme de sanctions suite à l’entrée au gouvernement autrichien du parti de Jörg Haider, considéré comme une menace pour la démocratie. Aujourd’hui, le pays qui préside l’Union, la Hongrie, joue un jeu trouble avec les heures les plus sombres de son histoire, adoptant une Constitution qui fleure bon la nostalgie de la Grande Hongrie, et les milices resurgissent pour mener des raids d’intimidation contre les Roms.

Morosité économique, fermeture des frontières, idéalisation du passé : une trinité explosive pour une Union vue comme le garant d’un "espace de liberté, de sécurité et de justice".

Dans un texte intitulé "Un pacte pour ou contre l’Europe" et publié dans laSüddeutsche Zeitung, Jürgen Habermas explique que "si les raisons pour une communauté [européenne] ne manquent pas, c’est la volonté et la responsabilité politiques qui font défaut". Alors que les grands pactes européens se délitent, "ce ne peut être que du bas, de la société civile, que peut venir la motivation qui fait défaut", comme le prouve la récente mobilisation de citoyens allemand contre le projet Stuttgart 21, estime le philosophe allemand.

On rappellera à propos que le premier pacte d’un Etat le lie à ses citoyens. Ceux-ci souhaitent-ils réellement faire la queue à la douane franco-italienne à l’approche des vacances estivales ?