Depuis que la crise de la dette menace la tenue de la monnaie unique, le duo “Merkozy” s’est emparé des commandes du navire euro. Non pas en vertu d’un quelconque accord au sein des pays membres, mais en raison d’un simple constat : il n’y a pas d’alternative — There Is No Alternative, TINA, comme disait une certaine Dame de fer.

Ou plutôt si. Il y a la Commission européenne, gardienne des traités et du “gouvernement économique” de l’UE, comme l’a récemment rappelé son président José Manuel Barroso. Mais, lorsqu’il s’agit de la zone euro, c’est l’Eurogroupe — les ministres de l’Economie, donc les gouvernements — qui prennent le dessus. Là aussi donc, Paris et Berlin. La récente désignation du président du Conseil européen Herman Van Rompuy comme “monsieur euro”, avec la bénédiction d’Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy, renforce le rôle des Etats membres, Allemagne et France en tête, sur la gouvernance économique d’ “Euroland”.

Le hic, c’est que cette configuration n’est encadrée par aucun accord et que les décisions prises par “Merkozy” semblent de plus en plus échapper à tout débat même au sein de la zone euro. Aucun autre pays n’est en effet en mesure de peser sur les discussions ni de jouer le rôle de contre-poids face à un rouleau compresseur qui s’embarasse de moins en moins de politesses lorsqu’il s’adresse à ses pairs, comme l’a démontré le ton avec lequel l’hypothèse d’un référendum en Grèce a été sanctionnée par “Merkozy”.

Parmi les autres “grands”, l’Italie, troisième économie de la zone euro, est sur la sellette en raison de la précarité de son gouvernement et de ses finances publiques, alors que l’Espagne, en pleine campagne électorale, n’est pas sortie de l’ornière. Frappées par la crise de la dette, elles sont, tout comme le Portugal et l’Irlande, bien loin de ce “triple A” des agences de notation qui semble accorder des pouvoirs surnaturels aux pays qui en bénéficient encore. Ce qui, entre parenthèses, explique pourquoi le président français est obsédé par le maintien de son pays dans le cercle le plus prisé du moment. Dans la zone euro, les autres membres du "Club AAA" — Autriche, Finlande, Luxembourg et Pays-Bas — ne font pas le poids ou sont alignés sur le couple franco-allemand.

Mais, si celui-ci est peut-être en mesure d’éviter les écueils les plus menaçants, il ne semble pas avoir une idée claire de la direction qu’il veut donner au navire euro — et n’a reçu aucun mandat pour cela. Cette absence de clarté et de légitimité pèse sur le déroulement de la crise et donne l’impression de naviguer à vue. Or, face à la tempête, on n’est prêt à céder la barre que si celui qui la prend est en mesure de mener le navire et l’équipage à bon port.